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Frédéric Kuhlmann

DANS LA FAMILLE KUHLMANN, JE DEMANDE LE PERE :

FREDERIC KUHLMANN, SCIENTIFIQUE ET INDUSTRIEL

Il a réalisé son rêve : voir réaliser son buste en 1870 par l’un des plus célèbres sculpteurs, Albert-Ernest Carrier-Belleuse (exposé au Palais des Beaux-Arts de Lille). Qui était Kuhlmann, cet alsacien né à Colmar, en 1803 : Chercheur universitaire, chimiste ou industriel ? ou Co-fondateur du Crédit du Nord, Fondateur de l’Ecole Centrale de Lille, Président de la Chambre de Commerce , Conseiller général du canton Lille Nord-est, Président de la Monnaie de Lille ? Tout cela à la fois. Et c’est à Lille qu’il a commencé sa longue carrière, nommé professeur pour le cours public de chimie, qui venait d’être fondé. Le jeune Frédéric a alors tout juste vingt ans. Il achève son enseignement en 1854 (son successeur n’étant autre que Louis Pasteur). Quant au chimiste, il fonde sa première usine à Loos-lez-Lille en 1826, où il produit d’abord de l’acide sulfurique utilisé pour blanchir les textiles. D’autres usines vont suivre à La Madeleine et à Saint André pour décolorer les fibres, pour produire engrais et colorants. L’homme est un touche-à-tout : il se fait architecte dessinant les plans et construisant des chambres de plomb, des fours à potasse, des raffineries de noir animal. Et lorsqu’en 1853 la chambre de Commerce de Lille organise une réception en présence de Napoléon III, c’est naturellement lui qui fait le discours, offrant à Sa Majesté deux médailles en or frappées à la Monnaie de Lille, ainsi qu’une truelle en or, avec l’espoir que l’Empereur posera la première pierre du monument dédié à son aïeul, Napoléon 1er, dans la cour de la Vieille Bourse (1).

Notre industriel fut évidemment membre (1824) et à 4 reprises Président de la SSAAL : 1836-1840-1859 et une dernière fois en 1873, il est alors aussi le doyen de la Société. Il avait  débuté ses publications dans les bulletins de la SSAAL en 1823 avec deux notes de chimie industrielle sur les eaux de lessivage et sur un quinquina propre à la teinture, il  continuera à publier régulièrement ses observations et découvertes dans les mémoires de la SSAAL, dont voici quelques exemples : en 1826, observations sur le principe colorant de la garance ; en 1829, une longue note sur l’emploi du sulfate de cuivre dans la fabrication du pain ainsi que des études sur la possibilité d’élever des vers à soie dans le Nord, soit en introduisant la culture du mûrier, soit au moyen de feuilles de scorsonères (herbacée voisine du salsifis) ; en 1853, il fait part à la Société de ses recherches sur la silicatisation des pierres servant aux constructions. Commençant alors à faire passer dans la pratique les résultats de plusieurs années d’études sur les silicates solubles, en 1861 il parle de la substitution de sels de baryte aux sels de potasse dans la teinture et l’impression sur étoffe. Son fils Fréderic rejoint la compagnie en 1863, poursuivant dans les Mémoires de la SSAAL les publications sur les recherches menées dans l’établissement Kuhlmann.

Kuhlmann père a partagé pendant plus de 50 ans l’histoire de la SSAAL. Cette longévité lui a permis d’assister aux évolutions interne de la SSAAL : il a connu l’époque des « Amateurs des Sciences et des Arts à son entrée en 1824, il a participé aux changements en 1829 en « Société Royale des Sciences, de l’Agriculture et des Arts », avant qu’elle ne devienne en 1851 « Société Impériale » et finalement SSAAL. Les deux Fréderic K, père et fils vont mourir à quelques mois d’intervalle, le 1ier le 27 janvier 1881, le 2nd le 2 août 1881. Chaque année depuis 1882, la SSAAL décerne Le Prix Kuhlmann à une personnalité scientifique, sélectionnée selon les critères imposés par le donateur, F. Kuhlmann, pour des « découvertes ou travaux concernant l’avancement des sciences ou leur application accomplis dans le département du Nord.

Le petit-fils, Edouard Agache-Kuhlman, sera également Président de la SSAAL en 1902.

Kuhlmann, père et fils

  • La pose de la première pierre du monument dédié à l’Empereur Napoléon Ier au centre de la cour de la Vieille Bourse eut lieu le dimanche 9 octobre 1853. Officiaient devant une assemblée d’officiels : Frédéric Kuhlmann, président de la Chambre de Commerce de Lille et le Délégué de Sa Majesté l’Empereur Napoléon III, le Sénateur Dumas. Le Sénateur tenait en main une truelle en argent, confectionnée spécialement pour la cérémonie. L’immense statue de bronze, commande de la Chambre de Commerce, à pour but de « rappeler à la postérité la plus reculée, la part que l’Empire a prise au développement de l’industrie française, de rappeler notamment les mémorables décrets qui ont servi de berceau à l’industrie du sucre de betterave et de la filature mécanique du lin… ». La chose fut bien comprise par le sculpteur du nord, Henri Lemaire, qui créa un Empereur de 5 mètres de haut, en costume impérial, tenant d’une main le sceptre et étendant l’autre sur les attributs de l’industrie posés à ses pieds (soit une belle grosse plante de betterave et une botte de lin, attributs assez surprenants pour cette statue toute en majesté). Ajoutons pour la petite histoire, que les bronzes de la statue de l’Empereur proviennent de canons pris à l’ennemi au cours de la bataille d’Austerlitz, donnés à la ville de Lille par Napoléon 1er. La sculpture a intégré le Palais des Beaux Arts de Lille en 1976.

Dans son discours du 11 décembre 1881, lors de la Séance Solennelle, J Gosselet, (Président de la SSAAL) et A. de Norguet (Secrétaire de la SSAAL) évoquent les disparitions de Kuhlmann père et fils : « Avant de mourir, comme s’il eût prévu le nouveau malheur qui allait frapper sa famille et éteindre son nom, Kuhlmann père voulut le perpétuer parmi nous. Il nous légua une somme de 50.000 francs pour la fondation de deux prix, destinés à récompenser chaque année les meilleurs travaux scientifiques accomplis dans le département. Il serait trop long de citer ici tous les mémoires que F. Kuhlmann père fit insérer dans les publications de la Société. Il a pris soin dans les dernières années de sa vie de réunir en un volume-recueil tous les travaux ; sur soixante Mémoires environ plus de deux tiers avaient d’abord paru dans nos volumes. Monsieur Kuhlmann fils, comme son père, nous entretint souvent de chimie industrielle ; ses communications principales eurent pour objet les sels de thallium, les procédés de fabrication de l’acide nitrique, le tirage des cheminées d’usine. Il nous racontera ses voyages aux solfatares de la Sicile et aux Mines de Norvège et celui qu’il fit aux Etats-Unis comme membre du jury français à l’Exposition de Philadelphie ».

Louis Blanquart-Evrard

COUP DE CŒUR POUR LOUIS BLANQUART-EVRARD

Parcourant rapidement un livre sur l’histoire de la photographie, on se dit « mais… ! c’est un gars de chez nous !».

De fait, les éminents spécialistes, américains en particulier, parlent avec tant d’éloges de notre compatriote ! Eloges mérités, car notre Louis Blanquart-Evrard est bien l’inventeur du négatif sur papier. Remettons-nous à l’époque. Nous sommes en 1847 au tout début de la photographie où on travaillait encore sur plaques de métal, système compliqué et fragile, réservé à un petit nombre d’initiés. Et voila, subitement que Blanquart révolutionne ce petit monde et en fait un peu le père de la photo moderne (jusqu’à l’apparition récente de la photo numérique).

Qui est donc cet homme du nord, peut être plus célèbre aux Etats Unis qu’en France ?  Né à Lille en 1802, ce jeune homme doué pour les arts, se consacre avec passion à l’étude de la photographie sur papier, science alors nouvelle et inexplorée. Il travaille avec Kulhmann à l’Ecole de Chimie de Lille depuis 1826. Il a 37 ans lors de l’invention du daguerréotype, premier appareil photo permettant enfin de fixer l’image sur une plaque de métal argenté. Mais les progrès vont bon train : d’abord l’anglais Talbot crée la calotypie (photographie sur papier, 1841), mais c’est notre Blanquart qui met au point la méthode pour accroître la précision de l’image et l’éventail des tons. Et surtout, il a l’excellente initiative d’ouvrir en 1850 une imprimerie photographique à Loos-lez-Lille où il fait imprimer en peu d’années 23 volumes de photographies réalisées par les plus grands photographes français de l’époque. Notre précurseur ne se doute pas que ces remarquables albums deviendront plus tard des pièces de musées, convoités par les plus grands collectionneurs. Il disparaitra en 1872.

On imagine mal aujourd’hui l’impact qu’eurent les publications de notre lillois au milieu du XIX siècle : pour la première fois l’homme de la rue voyait des photos prises par les voyageurs et explorateurs. Les récits de leurs aventures lointaines mises ainsi en images permettaient au public de voir enfin les pyramides d’Egypte, la Palestine, la Syrie, ou bien les Pyrénées, les bords du Rhin, les Monuments de Paris, la Belgique, les Art Religieux, Architecturaux, la Sculpture, la Peinture… ». La curiosité et le goût des voyages s’emparent alors de bons nombres de lecteurs. Il n’est pas étonnant alors que Blanquart rafle de nombreux prix dont celui en 1853 de New York pour l’ensemble de ses travaux.

Ici, Louis Blanquart-Evrard se remettant de ses travaux…