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HOMMAGE A JEAN-CLAUDE MALGLOIRE

Jean Claude Malgoire nous a quittés subitement le 14 avril. Ça a été évidemment un choc énorme pour sa famille, pour tous ceux qui le connaissaient, en particulier les musiciens de la Grande Écurie et la Chambre du Roy, pour toutes les personnes impliquées dans le bon fonctionnement de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, pour le monde musical en général et pour tous ceux, très nombreux, qui l’avaient beaucoup aimé en tant que musicien et en tant qu’homme.

Jean Claude Malgoire avait commencé sa carrière comme hautboïste et cor anglais. Il avait joué au sein de l’orchestre de Paris sous la direction des plus grands chefs d’orchestre, Munch, Solti, Barenboïm, Klemperer, Ozawa, Bernstein, et Karajan. Celui-ci le considérait  comme le meilleur hautboïste de l’époque.

Il a été le premier français à s’interroger sur l’interprétation des œuvres musicales des XVIIème et XVIIIème siècle jouées sur des instruments modernes. Ceci l’a amené en 1966 à créer un orchestre, La Grande Écurie et la Chambre du Roy, 1er orchestre français utilisant des instruments anciens. C’est lui aussi qui a fait redécouvrir la musique française de cette époque, Rameau, Lully, jugée alors comme musique facile. Alceste reste un succès majeur dans sa carrière.

En 1981, il crée l’Atelier Lyrique de Tourcoing, une chance énorme pour nous, dans la Région. Cette structure a permis à de nombreuses personnes de découvrir des opéras de qualité dans un contexte différent de l’opéra de Lille. Il en fait un laboratoire d’épanouissement de toutes les créations. Il programme non seulement Monteverdi et la trilogie Mozart/Da Ponte mais aussi des œuvres contemporaines.

La Grande Écurie et la Chambre du Roy s’est produite dans les endroits les plus prestigieux (Théâtre des Champs Elysées, Invalides, Chapelle Royale de Versailles) mais aussi dans des sites plus insolites comme le stade couvert de Liévin lors de la Cérémonie commémorative de la catastrophe minière de Courrières qui a été un moment d’émotion inoubliable pour ceux qui ont pu y assister. 

Depuis plus de 50 ans cet ensemble original compte plus de 5000 concerts sur les 5 continents, et plus de 150 enregistrements.

Jean Claude Malgoire était un découvreur de talents : Dominique Visse, Véronique Gens, Philippe Jaroussky, et plus récemment Sabine Devieilhe, des chanteurs qui malgré leur succès lui sont restés fidèles.

Il faisait confiance aussi aux musiciens amateurs. C’est ainsi que le Chœur Régional Nord Pas de Calais maintenant Chœur des Hauts de France a pu donner plus de 100 concerts sous sa direction, avec des œuvres majeures comme le Messie de Haendel, les Passions de Bach ….

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En dehors du musicien, l’Homme était remarquable par son urbanité, son alacrité, son rapport avec les autres, sa faculté de partager simplement son savoir. C’était un conteur et on avait du bonheur à l’écouter parler. C’était un chef d’orchestre qui accueillait son public dans le hall d’entrée les soirs de concert.

La Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts lui avait remis le grand prix des Arts Delphin Petit en 2016. Il en avait été très flatté et heureux de venir le recevoir. Nous avions pu à cette occasion mesurer sa faconde provençale. 

Il avait accepté, malgré un emploi du temps très chargé, de clore le cycle de conférences organisé sur le thème « Musique et Cerveau ». Cette occasion aurait été une façon assez unique de comparer les points de vue des scientifiques et celui d’un très grand musicien.

La Société des Sciences de l’Agriculture et des Arts présente ses condoléances à toute sa famille et en particulier à Renée, son épouse qui l’a énormément secondé ainsi qu’à tous ceux qui l’ont entouré tout au long de sa vie. 

Jean Claude BEAUVILLAIN

Vice-Président de la SSAAL

– Un vendredi de Véra, le 18 mai 2018 : Goethe et David d’Angers

Hommage et courte chronique pour deux éminents  membres correspondants de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille : 

 J.W. von Goethe et P. David d’Angers

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) homme de lettres

Lorsque J.W. von Goethe (1749-1832) devient membre correspondant de la SSAAL en 1826 il prend place parmi les 139 autres correspondants français ou étrangers que compte la SSAAL cette année-là. Elle compte alors 42 membres résidents et a des échanges avec 69 sociétés savantes du monde entier. On trouve dans les publications de nos Mémoires de l’époque la mention suivante : « le 15 décembre 1826, le Baron von Goethe, ministre d’État, président de la Société minéralogique d’Iéna devient membre correspondant ». On remarquera, chose tout-à-fait amusante, que Goethe n’est pas choisi en tant qu’auteur du Faust ou du Werther, non, mais en tant que Président de la Société de Minéralogie d’Iéna, Société qu’il préside depuis 1803 (jusqu’à sa mort en 1832). Die Societät für gesammte Mineralogie zu Jena a été fondée en 1797 par Johann Georg Lenz, professeur de minéralogie à Jena, qui deviendra lui aussi membre correspondant de la SSAAL ce même jour.

Tout au long de sa vie, Goethe a constitué une collection de minéraux qui compte à sa mort jusqu’à 17 800 éléments. Il désirait parvenir à une compréhension générale de la composition matérielle de la Terre et de l’Histoire de celle-ci.

Nous avons retrouvé dans la publication de la correspondance de Goethe la lettre ci-dessous adressée à Carl Jügel, Libraire à Frankfurt, datée du 11 avril 1828, le sollicitant de lui procurer deux exemplaires des Mémoires de la SSAAL de l’Année 1826.

Johann Wolfgang von Goethe – Briefe

 An Carl Jügel

Ew. Wohlgeboren

ersuche hiedurch um einige Gefälligkeiten.

1) Wünschte nachstehendes Buch bald zu erhalten :

Précis de Minéralogie moderne, par J. O. Desnos. Deux volumes, avec planches, grand en 32. Au bureau de souscription, rue du Jardinet.

2) Sodann wünschte zu erfahren, welche Bände des Globe wieder abgedruckt worden. Wenn ich nicht irre, der erste und zweyte. Ingleichen bitte mir den Preis zu melden.

3) Wollen Sie sodann die Gefälligkeit haben, gegen beyliegende Scheine zwey Exemplare :

Recueil des Travaux de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, pour l’année 1826 durch Ihre Handelsfreunde in Empfang nehmen zu lassen und mir solche zu übersenden.

Einiges Weitere mir zunächst vorbehaltend.

Weimar den 11. April 1828

(Carl Jügel avait des contacts professionnels avec des libraires en France et Goethe évoque dans sa lettre des « beyliegende Scheine » : il s’agit de deux Bons émis par la SSAAL, envoyés aux correspondants pour pouvoir se procurer les Mémoires de la SSAAL,)

En 1826, en même temps que Goethe le célèbre naturaliste Geoffroy de Saint Hilaire est nommé correspondant de la SSAAL ; Goethe suit avec un très grand intérêt les péripéties de la querelle qui avait éclaté entre Cuvier et Geoffroy de Saint Hilaire le 22 février 1830 à l’Académie des Sciences sur l’origine des espèces. Comme il adhérait lui-même à l’idée d’une évolution cohérente des espèces, il était entièrement du côté de Geoffroy de Saint Hilaire

(Les liens entre la SSAAL et la Société de Minéralogie de Jena ont retrouvé un écho grâce à Patrick Cordier, membre titulaire de la SSAAL, qui fut président de la Société Française de Minéralogie et de Cristallographie en 2009 et 2010 dans le même temps que son collègue allemand, Falko Langenhorst, présidait à Jena à la même époque die Societät für gesammte Mineralogie zu Jena.)

Pierre-Jean David d’Angers (1788 – 1856), sculpteur et médailleur

La SSAAL lui décerne la médaille d’or d’une valeur de 300 francs en 1846 pour sa rédaction de la meilleure notice sur la vie et les ouvrages du statuaire Philippe-Laurent Roland (1786- 1816) originaire de Pont-à-Marcq, contemporain et ami de Wicar. En effet, dès sa création, la SSAAL s’applique à rendre hommage aux artistes, écrivains, chroniqueurs illustres du Nord de la France tels que le peintre Jean de Bologne, le diplomate Augier de Bousbecque, le musicien Josquin des Prés, le chroniqueur Philippe de Commynes, sans oublier Jean Baptiste Wicar primé en 1844. L’heureux lauréat 1846, le célèbre sculpteur David d’Angers fut élève du statuaire Roland, donc témoin direct pour raconter en 50 pages la vie et l’œuvre de son maître. Le rapport de Pierre Legrand, d’une vingtaine de pages, est lu en séance publique le 20 juillet ; Pierre Legrand est membre titulaire de la SSAAL depuis 1832, Président du Conseil du Nord et bientôt Député du Nord en 18481. C’est également en 1848 que David d’Angers deviendra correspondant de la SSAAL.

Avec Rude, David d’Angers domine toute la première moitié du XIXe siècle pour la sculpture romantique. Il dresse à travers ses médaillons et ses bustes un véritable panorama des grandes figures du monde intellectuel dont Victor Hugo, Prosper Mérimée, Alfred de Musset, George Sand… Au total, ce sont plus de 500 médaillons qui sont parvenus jusqu’à nous Sculpteur, à l’écart des mondanités artistiques, il est en revanche l’un des artistes aux relations les plus internationales : il est l’auteur du buste de La Fayette exposé à New York au Metropolitan Museum of Art et du buste de Washington installé dans la salle du Congrès des Etats-Unis.

Fervent admirateur de Goethe, David d’Angers lui rend visite à Weimar en aout 1829 pour réaliser son portrait, Goethe accepte de poser trois jours, cela permet à David d’Angers de réaliser le moulage d’une Tête colossale et d’un médaillon. Auparavant David d’Angers avait envoyé une caisse remplie de reproductions de ses médailles à Goethe, collectionneur passionné. Les médailles faisaient autour de lui comme une galerie de français distingués dans les arts et les lettres, et en les regardant il confiait à son fidèle Eckermann : « la France est une des nations les plus cultivées de la Terre et à laquelle je suis redevable d’une si grande part de ma propre culture. » (cf. Pierre Grapin dans Goethe et la France, 1982 Goethe-Institut Paris).

David d’Angers est également l’auteur du monument Jean Bart à Dunkerque (1845), de celui d’Henri II à Boulogne sur Mer (1826), du monument funéraire de Fénelon dans la cathédrale Notre Dame de Cambrai (1826) et d’un médaillon de Marceline Desbordes-Valmore. En 1845, la Société de l’Agriculture, du Commerce, des Sciences et Arts de Calais s’adresse à lui pour commander un monument à la gloire des Six Bourgeois de Calais. Une souscription est lancée, David d’Angers accourt à Calais, donne son accord, laisse libre cours à son imagination et commence à décrire la statue telle qu’il la conçoit : « je conserverai la chemise traditionnelle, cette glorieuse tunique du martyr. Mais soyez tranquille, mon Eustache ne ressemblera pas à un vaincu… des bas-reliefs diront ensuite ce drame tout entier et Jean de Vienne ne sera pas oublié, le courage militaire aura donc aussi sa place », et s’adressant aux membres de la Société des Sciences de Calais, il termine par ces mots « ma visite aujourd’hui ne compte pas, messieurs, ma visite sérieuse sera celle où je laisserai à votre ville ma carte de bronze de statuaire. Mais pressez-vous messieurs, car je ne voudrais pas mourir sans avoir payé ma dette au plus noble, au plus sublime dévouement qui illustre notre histoire nationale. Dans deux ans, inaugurez votre statue et comptez sur vos citoyens, renommés pour la générosité de leur cœur ».Mais le destin en a décidé autrement, le projet est finalement abandonné par manque d’argent. In fine, c’est en 1895 que sera inauguré le Monument sculpté par l’autre géant statuaire de la deuxième moitié du XIXème siècle : Rodin. ( cf. Vera Dupuis, « Les Six Bourgeois de Calais ont failli n’être pas de Rodin » Côte d’Opale magazine Octobre 2014).

LES IMPETRANTS :

PJ David d’Angers                     JW von Goethe (par PJDA)

1 Cf. Mémoire de la Société Royale des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, Année 1845/1846, mis en ligne par l’Université de Berkeley (CA)

 

admin

10/03/2018

Une baleine et des canards

          Controverse journalistique au sujet des reliques d’un musée disparu

      par André  Dhainaut, invité du Vendredi 16 mars

Les faits exposés ci-dessous impliquent un membre de la SSAAL, le Pr Alphonse Malaquin, conservateur du Musée d’Histoire Naturelle, politiquement proche du Maire de Lille de l’époque et Alex Will, journaliste d’opposition au Réveil du Nord fondé en 1889.

Prémisses. Au 19ème siècle, les collections du Musée d’Histoire Naturelle avaient été l’objet de tribulations complexes. Un premier musée est inauguré en 1822 dans les locaux de l’ancien Palais Rihour (1). En 1855, la SSAAL transfère le Musée à la Ville pour servir à l’enseignement et l’installe rue des Fleurs dans les locaux de la Faculté des Sciences. Le ministre propose que le professeur titulaire de la chaire d’histoire naturelle en soit, de droit, le conservateur. En 1862, la SSAAL est déclarée d’Utilité Publique. Ses nouvelles obligations ne lui permettant plus d’assurer la gestion des musées, celle-ci est dès lors assurée par la municipalité de la ville de Lille.

Début 1913, les locaux de la Faculté des Sciences, rue des Fleurs (où avait travaillé L. Pasteur en 1855-56), sont abandonnés puisque la Faculté a gagné le Quartier Saint-Michel. Les locaux de l’ancienne Faculté étaient intégrés dans un complexe de bâtiments formant initialement le Lycée impérial (rebaptisé Lycée Faidherbe en 1893, démoli vers 1961-62, remplacé par le Collège Carnot en 1964). S’y trouvait aussi le Musée d’Histoire Naturelle dont les collections avaient été déménagées en 1908 pour gagner l’actuel Musée de la rue Malus.

La joute. Début juillet 1913, un article du Réveil du Nord engage une polémique contre la municipalité et le Pr Malaquin au sujet de pièces qui auraient été « oubliées » rue des Fleurs. Sous le titre « Le déluge dans un musée – Une baleine, des fossiles antédiluviens se plaignent des procédés municipaux », le journaliste Alex Will, dénonce l’état dans lequel des pièces de collections auraient été abandonnées sur place : « Lille possède une baleine qui se noie dans les plâtras, des ossements préhistoriques qui se mêlent démocratiquement à la poussière des démolitions, des oiseaux de toutes les latitudes et de tous les âges depuis l’ibis sacré jusqu’au pingouin vulgaire » (2). Ayant raconté ses exploits pour visiter le bâtiment en cours de démolition, le journaliste de conclure : « je me demande où [la municipalité| conduira les vivants quand elle mène à ce sort pitoyable les fossiles dont elle a la charge ».

A. Malaquin lui répond qu’en revisitant le bâtiment, il n’a trouvé que de vieilles pièces sans intérêt dont la restauration n’aurait pas été possible, entre autre une baleine dans un état de vétusté tel que son transport n’était pas envisageable et « un grand cétacé dont les ossements épars attendent depuis bientôt cinquante ans qu’on les réunisse. Mais il faudrait pour cela plusieurs milliers de francs et en outre la construction d’une salle spéciale… ».

Le 14 juillet 1913, la querelle reprend et le journaliste suggère perfidement que « le Maire va, lors de sa prochaine braderie, vendre la ménagerie miteuse dont ne veut plus M. Malaquin. Il espère avec le produit de cette vente payer les dettes du Nouveau Théâtre » (l’Opéra actuel, alors en construction, architecte Louis Marie Cordonnier membre de la SSAAL). Attaques auxquelles Malaquin réplique le jour même par un court droit de réponse dans lequel il suggère : « Si nos vitrines ornithologiques ont perdu leur ibis sacré et leur pingouin vulgaire, le Réveil du Nord pourrait les remplacer s’il consentait à envoyer à notre Musée leur belle collection de canards qu’il doit tenir en réserve ! ».

Epilogue : Le bâtiment et ses « trésors » miteux brûleront en 1915, la rue des Fleurs sera alors englobée dans le boulevard Carnot. Peut-être circulez-vous sur quelques ossements de baleine quand vous l’empruntez – vérifiez sur le plan ci-joint !

(1) Le Palais Rihour, bâti au 15ème siècle par le duc de Bourgogne Philippe Le Bon est acheté au 17ème siècle par la ville qui en fait son Hôtel de Ville. Devenu vétuste, le bâtiment est démoli en majeure partie vers 1846. A son emplacement est construit de 1849 à 1859 un nouvel Hôtel de ville (architecte Charles Benvignat, membre de la SSAAL) qui brûlera en avril 1916.

(2) Ces pièces provenaient vraisemblablement du premier Musée d’Histoire Naturelle hébergé dans l’ancien Palais Rihour. On ne sait pas où ces collections furent entreposées entre la destruction de celui-ci en 1846 et leurs transferts dans les bâtiments de la Faculté des Sciences, rue des Fleurs, en 1855.

Références

  • De larges passages de ce texte sont issus de la publication de Roger MARCEL : Le Musée d’Histoire Naturelle de Lille de 1820 à 1980. in « Contribution à l’Histoire de la Faculté des Sciences 1854-1970» (en ligne, site  ASA-USTL /  Accueil 09 : Histoire de la Faculté des Sciences)
  • André Dhainaut A. 2013, Historique des musées scientifiques lillois et de leurs collections (Archives du Musée d’Histoire Naturelle de Lille)

– Un Vendredi de Véra, le 16 Février 2018

Le Fonds Lefebvre de la Bibliothèque Municipale de Lille

Léon Lefebvre est  titulaire de notre Société depuis 1893, trésorier de 1904 à 1910. Imprimeur de « père en fils », il est connu pour ses nombreuses publications racontant l’Histoire des Théâtres de Lille, des origines aux débuts du XXème.

De son entrée dans notre Société jusque 1913, il a tout classé à titre personnel  ; convocations, compte-rendus, « Appel à candidature pour la Bourse Wicar », programmes des Séances Solennelles, propositions de dîner dans le meilleur restaurant  de l’époque (le Divoir) …

Quelques Hauts Faits choisis dans ce fonds des années 1909-10 : la SSAAL répond régulièrement favorablement aux demandes de souscriptions : commémoration de la bataille de Malplaquet 200 ans plus tôt, statue du maire André Place du Concert à Lille, de Berthelot devant le Collège de France, de  Pasteur (président de la SSAAL en 1857) dans sa ville natale de Dole : la Société fait par souscription un don de 50 francs, 200 € 2018). Elle participe aussi à diverses publications comme celle de l’ouvrage en 5 volumes «  La Peinture au Musée de Lille » par  F. Benoit (membre de notre Société). Elle prête encore son concours à deux ouvrages de création  qui, selon le compte rendu, « font l’honneur de la ville » : La Revue du Nord  et La Revue Germanique.

En 1906, notre Société fait don à la ville des 30.000 volumes (!) de sa bibliothèque en échange d’une salle de réunion à l’Hôtel de Ville, Place Rihour ; 600 francs de l’époque sont engagés en 1909 pour son embellissement – mais tout disparaitra dans l’incendie de 1916…

1909 toujours, notre Société édite à ses frais la superbe carte géologique du Nord réalisée par H. Douxami (membre de la SSAAL) et M. Leriche sous la direction de J. Gosselet, offerte aux Membres de la Société de Géologie du Nord, disponible sur le site numérique de l’IRIS.

Thumbnail

1909 encore : le Président de la SSAAL, Mr Bigo-Danel, Vice-Président de la Compagnie des Mines de Lens invite les membres à prendre le train pour leur faire découvrir sa dernière acquisition : un puits en activité.

La Bourse Wicar reste à l’Ordre du Jour : la lauréate 1910 est Mlle Hauterive Notre consul à Rome se demande si la nomination d’une femme comme pensionnaire Wicar est conforme au testament. La SSAAL lui répond qu’elle est absolument conforme.

1910 s’achève en musique avec la Séance Solennelle du 18 décembre dans la salle des fêtes de la Société Industrielle avec le concours de l’orchestre du Grand-Théâtre de Lille. Discours d’A. Calmette, Président de la SSAAL : « Ce que Pasteur doit à Lille, ce que Lille doit à Pasteur », le texte (pages 3 à 12) est (pages 3 à 12).

Illustrations : Fonds Lefebvre, 1 carton Société des Sciences – 1893 à 1906  et  1 carton Société des Sciences,  1907 à 1913 Bibliothèque Municipale, Lille ; carte de géologie  en ligne sur le site de L’IRIS

– Vendredi 19 janvier 2018 à 17 heures. Assemblée Générale de la SSAAL. Vendredi de Véra. Conférence de M. Levasseur.

Assemblée Générale de la SSAAL. Un Vendredi de Véra. Conférence de M. Levasseur « Finance et responsabilité sociale des entreprises : le regard de la recherche académique » :

Finance et Responsabilité sociale des entreprises :

le regard de la recherche académique

Michel Levasseur, Professeur Emérite, Université de Lille et Université catholique de Louvain

Si on se réfère à la pensée de celui qui a largement inspiré la théorie financière de ces 75 dernières années, à savoir Milton Friedman, les questions de responsabilité sociale, environnementale et sociétale des entreprises sont étrangères à la gestion financière. Ne déclarait-il pas :  «There is one and only one responsibility of business : to use its resources and engage in activities designed to increase its profits so long it stays within the rules of the game. » En ce sens, il n’est pas évident qu’il y ait une place satisfaisante du point de vue financier pour une politique de responsabilité sociale à l’échelle de l’entreprise au sens où l’entend par exemple la Commission Européenne : « Une entreprise est considérée comme socialement responsable lorsqu’elle se donne, dans le cadre de ses activités quotidiennes, des objectifs sociaux et environnementaux plus ambitieux que ceux prévus par la loi. » Toutefois, force est de constater que la plupart des entreprises cotées en bourse affichent une communication visant à mettre en évidence les efforts particuliers qu’elles déploient en ce domaine. La première question abordée ici est la suivante : ces politiques de RSE sont-elles compatibles avec l’efficacité financière ? Nous nous interrogerons ensuite sur d’autres déterminants qui ne répondent pas à la recherche stricte de la performance financière, comme les ambitions personnelles des dirigeants par exemple. Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur les résultats fournis par des études empiriques récentes publiées au cours de ces dernières années dans des revues scientifiques de premier plan.

 

1. Un intérêt financier bien compris

Il est courant de définir la valeur d’une entreprise pour ses actionnaires comme la somme des flux de fonds qu’elle sera susceptible de générer à l’avenir, actualisés c‘est-à-dire en prenant en compte le coût des capitaux qu’elle doit mobiliser. Plus simplement, la valeur d’une entreprise augmente quand elle est capable d’améliorer sa productivité et de saisir des opportunités de croissance rentables. Mais elle augmente aussi quand elle peut diminuer le coût de l’argent qu’elle utilise pour financer ses activités. C’est donc en jouant sur ces deux leviers qu’elle accomplit au mieux sa mission au plan financier. Une entreprise dispose d’une panoplie de moyens de financement qui peut être variée mais qui comprend le plus souvent un apport en capitaux propres et un recours à l’endettement. La RSE peut contribuer à l’accomplissement des objectifs financiers d’une entreprise si elle permet de réduire le coût de ses financements.

1.1 Réduire le coût des financements

Deux études récentes abordent la question des effets de la RSE sur le coût des dettes d’une part et sur le coût des fonds propres d’autre part. Le premier effet est plus direct à observer puisque le coût de la dette comprend les intérêts payés et une somme de commissions diverses. Le second est plus délicat à observer. Il ne peut être qu’inféré à partir de l’observation de cours boursiers.

a) Une baisse du coût de l’endettement

On peut penser qu’une entreprise respectueuse de principes éthiques en matière environnementale ou sociale se construit pas à pas un capital de réputation connu des tiers et en particulier des banques qui la finance.  Ce capital de réputation est source d’une confiance accrue de la part des prêteurs. Les entreprises privées sont des emprunteurs à risque. Les banques le savent et cherchent à réduire leurs expositions aux plus fragiles. Elles cherchent également à contrebalancer les effets négatifs des pertes qu’elles ne peuvent pas éviter en améliorant leurs rémunérations auprès des clients qu’elles jugent les plus fragiles. Dans le jargon financier, le surcroît de rémunération qu’elles obtiennent relativement au taux qu’elles peuvent obtenir en investissant dans des actifs financiers peu risqués comme des emprunts d’états particulièrement solvables est désigné sous le terme de spread. Kim, Surroca et Tribo (2014) s’intéressent à un échantillon de 513 firmes situées dans 19 pays sur la période 1998-2007 ayant réalisé un total de 2 535 prêts bancaires. Ils montrent que le spread moyen d’un emprunt est dans leur cas de 78,6 points de base (un point de base vaut 0,01%, par exemple quand un taux passe de 1,87% à 1,88%, il augmente d’un point de base). Plus remarquable, ils estiment qu’une augmentation d’un écart‐type du score d’éthique de l’emprunteur à partir de la moyenne correspond à une diminution de 24,8% de ce spread. Etre exemplaire en matière de RSE est donc parfaitement bénéfique au plan financier ! De plus, ils soulignent que lorsque les banques elles-mêmes sont actives en matière de RSE, la baisse du spread est alors de 37,6%. L’effet de confiance est encore plus marqué.

b) Une baisse de la rentabilité exigée sur les capitaux propres

Il est plus délicat d’invoquer la notion de coût des fonds propres. Contrairement aux prêteurs, les actionnaires ne peuvent pas prétendre à une rémunération fixée à l’avance. Leurs droits sont résiduels : ils ne touchent par exemple de dividendes que si l’entreprise réalise des profits et si elle dispose de la trésorerie nécessaire. Ceci étant, la finance ne regarde que le futur et quand un investisseur achète une action, c’est bien qu’il espère réaliser une opération profitable. Cette attente de rentabilité que ne devrait pas décevoir l’entreprise peut être considérée comme une forme de coût : une participation au capital est à la fois un placement pour l’un (l’actionnaire) et un moyen de financement pour l’autre (l’entreprise), ce qui est rentabilité attendue pour l’un est donc coût requis pour l’autre. La participation au capital d’une entreprise, petite ou grande, est toujours aléatoire. La rentabilité n’est pas promise, elle fluctue au gré des performances. On peut raisonnablement penser que plus l’incertitude est élevée, plus en compensation l’attente de performance est grande. Ce lien entre rentabilité et risque est fondamental en finance. Aussi, Ng et Rezaee (2014) l’exploitent dans leur étude portant sur plus de 3 000 firmes américaines entre 1991 et 2013. Leur hypothèse de départ est que l’incertitude qui pèse sur les résultats futurs dépend tout à la fois de facteurs économiques et de facteurs liés à la RSE. Plus la performance économique de l’entreprise prend une forme soutenable sur le long terme, plus son risque est faible. Mais aussi, plus elle adopte un schéma de croissance durable et une performance environnementale et sociale élevée, plus son risque également est faible. Les auteurs attendent par ailleurs une interaction significative de ces deux effets. Ils estiment la rentabilité attendue pour des sociétés cotées en bourse à travers une relation entre les bénéfices et les cours boursiers. Leur étude conforte leur intuition. Selon eux, les firmes les plus fortes en opportunités de croissance  et en recherche ont un coût du capital plus faible. Les firmes les plus actives en matière d’environnement et aux meilleures gouvernances ont aussi un coût du capital plus faible. En conséquence, la performance sociale renforce l’effet de baisse du coût du capital pour les entreprises les plus performantes économiquement.

1.2 Un effet positif sur les flux de fonds attendus

Un effet positif de la RSE sur la valeur actionnariale d’une entreprise ne vient pas seulement d’une diminution des coûts de financement. Elle peut provenir aussi d’une amélioration des flux de fonds attendus. A ce niveau, deux effets favorables sont envisageables : des flux espérés plus élevés et un moindre risque sur l’exploitation future.

a) Une espérance de gains plus grande

Il n’est pas facile de mettre en évidence un lien de causalité entre de bonnes pratiques en matière de RSE et un accroissement des performances espérées. Un test qui se bornerait à mettre en évidence une association entre ces deux variables ne permettrait pas de conclure. On ne peut guère dans ce domaine multiplier les expériences en faisant varier le niveau de RSE et en observant directement les effets sur les valeurs. Pour contourner cette difficulté, Deng, Kang et Low (2013) exploitent un cadre empirique original. Ils étudient 1 556 opérations de fusion-acquisition impliquant 801 firmes acheteuses sur la période 1992-2007 aux USA. Lorsqu’une entreprise tente de prendre le contrôle d’une autre, c’est dans l’espoir d’accroître la valeur de cette dernière en exploitant en particulier un ensemble de synergies. Cette création de valeur espérée se reflète dans la hausse du cours boursier de la cible à l’annonce de l’opération. L’idée de ces auteurs est que si la RSE affecte positivement les performances attendues, alors les augmentations des cours des cibles au moment de l’annonce doivent être plus marquées quand l’indice de RSE de l’acquéreur est plus élevé. Concrètement, ils mesurent ces changements de valeur à travers la performance du cours de la cible entre la veille et le lendemain de l’annonce de l’opération, en ajustant cette variation des effets du mouvement général du marché. Au plan méthodologique, il reste que l’observation d’un lien entre l’importance de ces variations corrigées de cours (ou encore dites rentabilités anormales) et l’indice de bonne pratique de RSE ne permettrait en rien de conclure sur un éventuel lien de causalité. Les deux pourraient dépendre d’un même facteur latent qui les ferait varier dans le même sens. Par exemple, les firmes les plus grandes auraient une faculté plus grande de mettre en œuvre de bonnes pratiques de RSE et auraient aussi accès aux acquisitions les mieux remplies en synergies potentielles, sans qu’il y ait le moindre lien entre la RSE et ces dernières. Pour contourner cette difficulté, les auteurs exploitent un lien entre le niveau de pratique en matière de RSE et un facteur parfaitement exogène à la qualité des opérations de fusion-acquisition. Ils utilisent comme premier « instrument » l’intensité de la pratique religieuse dans l’état où la firme a son siège social et comme deuxième la couleur politique dominante dans cet état. Ils génèrent ainsi un indice de RSE estimé qui fluctue dans l’échantillon en fonction uniquement de l’une ou l’autre de ces variables exogènes. Ce faisant, ils montrent que la création de valeur à court terme pour les actionnaires est plus élevée quand la firme acquéreuse a un indice élevé de RSE. Ils complètent leur étude en mettant en évidence que les firmes à RSE élevée améliorent plus fortement les rentabilités à long terme des firmes acquises.

b) Un risque plus faible de crash

L’exploitation courante au sein d’une entreprise recèle parfois des risques extrêmes. On peut rappeler à titre d’exemple les pertes colossales enregistrées par BP lors de la catastrophe qui s’est produite dans le golfe du Mexique. Le crash boursier est un élément de risque important pour les investisseurs lorsqu’ils composent leur portefeuille. On peut penser que les entreprises actives en matière de responsabilité sociale sont aussi les plus prudentes dans la gestion de leurs opérations et de ce fait exposent moins leurs actionnaires à des vicissitudes extrêmes. Kim, Li et Li (2014) testent dans leur étude une première hypothèse, à savoir qu’un indice de RSE élevé est un signal fort de risque de crash faible. Mais, la question ne s’arrête pas là. L’information concernant la responsabilité sociale de l’entreprise n’est qu’un volet de l’information financière donnée par l’entreprise. Elle peut même servir d’alibi et de cache misère. Dans ce cas, et c’est la deuxième hypothèse testée par les auteurs, ce serait les firmes les plus exposées à de gros risques qui seraient les plus actives en matière de communication sur la RSE car elles chercheraient à les dissimuler ainsi au marché. Pour mesurer le risque de crash, les auteurs recourent à une statistique propre à la distribution des variations de cours boursiers. La présence de chutes brutales de cours se traduit sous la forme d’une asymétrie négative de ces distributions (présence anormalement élevée de fortes variations négatives). Munis de cette mesure, ils s’attachent à estimer le degré d’association entre ce coefficient d’asymétrie, mesure de risque de crash, et les indicateurs de RSE. Leur échantillon comporte 12 978 observations et porte sur deux périodes haussières (1995-1999 et 2003-2007) et deux périodes baissières (2000-2002, éclatement de la bulle internet et 2008-2009, la grande crise). Ils montrent que la qualité de la RSE est associée à une fréquence moindre de crash et que cet effet est plus marqué pour les entreprises à gouvernance faible. Par ailleurs, ils complètent leur analyse en soulignant que les dirigeants des entreprises vertueuses en matière de RSE ont moins tendance à cacher les mauvaises nouvelles !

 

2. Mais aussi le fruit d’autres attentes

Si des dépenses non obligatoires en matière de RSE ne vont pas nécessairement à l’encontre des intérêts financiers bien compris de l’entreprise, il reste à savoir s’ils ne sont pas le fruit de choix effectués par les dirigeants, pour satisfaire non pas seulement leurs actionnaires mais aussi d’autres parties, à commencer par eux-mêmes.

2.1 Des choix effectués par les dirigeants

Un dirigeant d’entreprise est incité à investir dans les domaines de la responsabilité sociale d’entreprise s’il sait que ces activités sont créatrices de valeur et donc favorables aux actionnaires. Est-il motivé par des raisons plus personnelles : satisfaction d’objectifs altruistes et volonté de contribuer positivement à la vie de la société ? Souci de se construire une bonne réputation aux plans professionnel et personnel ? Ou encore obéit-il à des principes forts d’éthique personnelle ?

a) à la poursuite de leurs satisfactions

Borghesi, Houston et Naranjo (2014) ne s’attendent pas à ce qu’une seule raison une puisse jouer un rôle prédominant. La décision de consacrer des ressources à la réalisation d’objectifs de RSE peut être simultanément influencée par plusieurs facteurs. Exploitant un échantillon de 11 711 observations composé de firmes américaines observées entre 1992 et 2006, ces auteurs montrent que les investissements en RSE s’adaptent aux besoins et aux caractéristiques des firmes. En ce sens, rien n’est a priori contradictoire avec une recherche de l’intérêt des actionnaires. Encore que, là où les institutionnels sont les plus forts, l’effet est négatif sur la RSE. En d’autre terme, quand le contrôle et la gouvernance sont plus faibles, quand il y a plus de latitude pour les dirigeants, les dépenses sont plus grandes. Par ailleurs, ils mettent en évidence le poids respectif de diverses caractéristiques des dirigeants dans leur choix en matière de RSE. Ce sont les PDG (CEO) les plus jeunes, femmes, bipartisans au plan politique et sensibles aux médias qui investissent le plus. Ces comportements n’apparaissent pas seulement comme purement altruistes mais elles sont aussi dictées par des intérêts personnels. Plaire aux politiques, renforcer son image dans les médias font partie du tableau.

b) en fonction de leur éthique

Ceci ne signifie pas pour autant que les considérations d’éthique personnelle soient absentes de ces choix. Deux études permettent de fournir un éclairage sur l’impact du niveau d’éthique des dirigeants sur les décisions en matière de RSE. La pratique dite de l’insider trading, c’est-à-dire de transactions par des dirigeants sur les titres de leur firme fait l’objet d’un encadrement légal fort. Elle reste à la source de multiples suspicions d’exploitation d’informations privilégiées au détriment des autres acteurs du marché. Gao, Lisic et Zhang (2014) utilisent une mesure des profits réalisés dans ce cas par les dirigeants principaux (CEO, CFO, COO …) comme indicateur de manquement potentiel à l’éthique des affaires. Leur échantillon comprend 54 487 observations et intéresse 1 276 firmes américaines sur la période 1992-2011. Ils mettent en évidence une association négative entre l’activité d’une entreprise en matière de RSE et le volume de l’insider trading réalisé par ses principaux dirigeants. Par ailleurs, l’association est plus forte quand les dirigeants se prononcent dans les médias ou quand ils sont engagés dans le capital de leur entreprise. Une autre piste pour apprécier le niveau d’éthique des dirigeants est de se tourner sur leurs pratiques en matière de fiscalité. Davis, Guenther, Krull et Williams (2016) s’interrogent : les entreprises les plus actives en RSE sont-elles plus civiques (optimisent-elles moins leur fiscalité) ou au contraire compensent-elles leurs dépenses en RSE par moins de paiements d’impôts ? D’une autre manière, les activités en matière de RSE et les paiements d’impôts sont-ils des compléments ou des substituts ? Au sein d’un échantillon de 5 588 observations effectuées entre 2002 et 2011, les auteurs apprécient les comportements en matière de fiscalité à travers deux mesures : le poids des impôts payés par rapport aux bénéfices réalisés et le montant des dépenses de lobbying engagées pour obtenir une législation fiscale plus favorable. Contrairement à des études précédentes qui soutenaient la thèse de la complémentarité  selon laquelle les entreprises les moins civiques sont celle les moins actives en RSE et les plus agressives pour réduire leurs impôts, cette recherche montre que les entreprises les plus actives en RSE sont aussi très agressives fiscalement : les dépenses en RSE et les paiements d’impôts agissent dès lors plus comme des substituts ! En quelque sorte, certaines entreprises préfèrent faire le bien elles-mêmes plutôt que de laisser les Etats le faire …

2.2 Sous influence

Benabou et Tirole (2010) défendent dans un article publié dans la revue Economica la thèse selon laquelle une publication aussi fréquente de rapports en matière de RSE par les grandes entreprises découle d’un comportement pro social délégué de ces dernières à l’avantage de certaines de leurs parties prenantes. C’est cette hypothèse qu’ont testée Di Giuli et Kostovetsky (2014) en retenant comme partie prenante concernée le personnel politique local avec qui bien évidemment les entreprises doivent avoir affaire.

a) des parties prenantes

Les auteurs supposent ainsi que les dirigeants d’entreprise dont la sensibilité politique est démocrate (républicaine) et qui opèrent dans des états démocrates (républicains) dépensent plus (moins) en matière de RSE. Leur échantillon d’étude contient 19 378 observations portant sur 2 963 firmes américaines entre 2003 et 2009. Ils s’attachent à construire un indicateur de la couleur politique dominante (bleue démocrate ou rouge républicaine) en prenant en compte l’environnement interne de l’entreprise (en fonction de leurs contributions aux campagnes électorales faites par les CEO, administrateurs ou encore fondateurs et en fonction aussi du nombre d’entre eux ayant occupé une fonction politique précédemment) et l’environnement externe (suivant les résultats enregistrés aux élections présidentielles, au congrès et au gouverneur dans l’état où la firme a son siège). Ils montrent que les entreprises dont l’environnement politique dominant est démocrate sont plus actives en RSE. Cette relation est la plus forte quand l’entreprise est de taille moyenne, c’est-à-dire quand le plus souvent les liens entre ses dirigeants et le personnel politique local sont plus étroits. Par ailleurs, elles mettent plus en évidence dans leur communication leurs points forts que la réduction de leurs faiblesses, ce qui est certainement plus payant au plan politique.

b) des analystes financiers

Il reste une catégorie d’acteurs qui jouent un rôle important en matière d’influence sur les entreprises, à savoir les analystes financiers. Leur réaction face à des dépenses en matière de RSE peut être positive ou négative, positive s’ils jugent qu’elles sont de nature à mieux valoriser la firme pour ses actionnaires, négative s’ils considèrent qu’elles sont excessives, sous-optimales et finalement contribuant du point de vue des actionnaires à un gaspillage des ressources. Les deux thèses trouvent leur support dans la littérature académique récente.

Pour Boubakri et al. (2016), l’effet est positif. Ils déduisent cette conclusion de l’étude du cas particuliers de sociétés non américaines ayant décidé de se faire coter sur une bourse américaine. Dans ce cas, on peut penser qu’elles sont suivies par des communautés plus diverses d’analystes et d’investisseurs et qu’elles doivent en conséquence respecter des standards plus élevés en matière de RSE si cette dernière est désirable. Leur échantillon contient 10 815 observations portant sur 3 400 firmes non américaines et provenant de 54 pays différents entre 2002 et 2011. Ils vérifient que lorsque ces entreprises étrangères sont introduites (radiées) à la cote d’une bourse américaine, elles maintiennent des scores plus (moins) élevés en matière de RSE. L’effet est plus marqué pour les firmes provenant de pays où la protection des droits des investisseurs est plus faible, c’est-à-dire là où on se soucie moins de la valeur actionnariale. Enfin, il est plus fort pour les firmes opérant dans des secteurs où les risques juridiques sont plus élevés aux USA, là où une plus grande prudence est requise.

Adhikari (2016) soutient une thèse différente. Pour lui, plus d’analystes ne signifie pas plus de dépenses en RSE. Bien au contraire, plus ils sont présents, plus ils exercent une surveillance sur les dirigeants. Ces derniers perdent en liberté, surtout lorsqu’il s’agit de dépenses discrétionnaires qui n’améliorent pas la valorisation boursière de l’entreprise. Un test de causalité est délicat à réaliser. On peut  toujours mettre en évidence une simple corrélation entre un nombre d’analystes et un niveau de score en matière de RSE, sans que cela ne préjuge en rien sur l’effet réel de l’un sur l’autre. Il se peut simplement qu’une variable latente affecte et l’un, et l’autre. Pour contourner cette difficulté, l’auteur utilise un cadre pseudo expérimental intéressant. Il repère les cas où des bureaux d’analyse ont disparu soit après fermeture, soit après fusion. Les sociétés qui étaient suivies par un analyste de ces firmes voient mécaniquement le nombre d’analystes les suivant diminuer d’une unité à court terme. Cette chute est totalement étrangère au choix des dépenses en RSE par les firmes suivies. Ainsi, on peut relier avec plus de sureté une hausse éventuelle des dépenses en RSE à la diminution observée d’une unité du nombre d’analystes. L’auteur compose un échantillon qui comprend 278 firmes ayant subi ce phénomène entre 2001 et 2011 (les entreprises exposées au traitement) et 278 firmes aux caractéristiques voisines mais qui n’ont pas connu un tel épisode (les entreprises de contrôle). Il calcule pour chaque population son score moyen avant la disparition d’un analyste et après. L’analyse dite DiD (Difference in Difference) montre que l’écart de score de RSE entre l’échantillon de traitement et celui de contrôle varie fortement. A l’évidence, les firmes subissant moins de regards des analystes voient leur score augmenter beaucoup plus vite que les autres.

Ainsi, Adhikari peut conclure que, si a contrario plus la couverture par les analystes est grande, plus les dépenses en RSE sont faibles, alors les dirigeants ne font le bien qu’avec l’argent des autres … Leur monitoring est utile pour veiller à ce qu’elles ne soient pas excessives et qu’elles n’aient pas d’effets négatifs sur la valeur actionnariale.

Les deux thèses ne sont peut-être d’ailleurs pas exclusives. Il est possible qu’il y ait en matière de dépenses en RSE un optimum du point de vue des actionnaires. Les deux études se situeraient ainsi de part et d’autre de cet optimum.

Conclusion :

Pour finir, nous allons abandonner le point de vue du chercheur qui tente de comprendre les motivations des entreprises à dépenser plus (ou moins) en RSE pour adopter celui de l’investisseur en bourse. Est-ce un bon critère de choix lorsqu’on compose son portefeuille de retenir plus massivement les sociétés qui dépensent le plus en RSE ? Nous retiendrons l’éclairage récent fourni par Humphrey, Lee et Shen (2012). A partir d’un échantillon composé de 256 entreprises britanniques entre 2002 et 2010, ils ont composé des portefeuilles de sociétés à haut indice de RSE. Puis, ils ont comparé leurs performances ajustées pour le risque à celles de portefeuilles composés de sociétés à faible indice de RSE. De manière très décevante, pour les fans de la RSE et plus généralement pour ceux qui sont à la recherche de règles profitables de gestion de portefeuille, ils n’ont trouvé aucune différence significative !

 

Références bibliographiques :

Adhikari, B. (2016), Causal effect of analyst following on corporate social responsibility, Journal of Corporate Finance, 41, pp. 201-216.

Benabou, R. & J., Tirole (2010), Individual and corporate social responsibility, Economica, 77, pp. 1-19.

Borghesi, R., Houston, J. & A., Naranjo (2014), Corporate social responsible investments: CEO altruism, reputation and shareholder interests, Journal of Corporate Finance, 26, pp. 164-181.

Boubakri, N., Ghoul, S., Wang, H., Guedhami, O. & C., Kwok (2016), Cross-listing and corporate social responsibility, Journal of Corporate Finance, 41, pp. 123-138.

Davies, A., Guenther, D., Krull, L. & B., Williams (2016), Do socially responsible firms pay more taxes?, The Accounting Review, 91, pp. 47-68.

Deng, X.,Kang, J. & B., Low (2013), Corporate social responsibility and stakeholder value maximization: Evidence from mergers, Journal of Financial Economics, 110, pp. 87-109.

Di Giuli, A. & L., Kostovetsky (2014), Are red or blue companies more likely to go green? Politics and corporate social responsibility, Journal of Financial Economics, 111, pp. 158-180.

Gao, F., Lisic, L. & I., Zhang (2014), Commitment to social good and insider trading, Journal of Accounting and Economics, 57, pp. 149-175.

Humphrey, J., Lee, D. & Y., Shen (2012), Does it cost to be sustainable?, Journal of Corporate Finance, 18, pp. 626-639.

Kim, M., Surroca, J. & J., Tribo (2014), Impact of ethical behavior on syndicated loan rates, Journal of Banking & Finance, 38, pp. 122-144.

Kim, Y., Li, H. & S., Li (2014), Corporate social responsibility and stock price crash risk, Journal of Banking & Finance, 43, pp. 1-13.

Ng, A. & Z., Rezae (2015), Business sustainability performance and cost of equity capital, Journal of Corporate Finance, 34, pp. 128-149.

– Un Vendredi de Véra, le 19 janvier 2018

HONNEUR AUX FEMMES !

Ont dû s’exclamer en chœur MM. Fée, Vaidy et Guillot, présidents successifs de la SSAAL (1828-1830) lorsqu’ont été élues 2 membres correspondants  féminins. La première admise fut Marie-Anne Libert, née en 1782 à Malmedy (Belgique). Passionnée de botanique, elle publie dès 1826 dans le Bulletin de la SSAAL le résultat de ses recherches «Mémoire sur des cryptogames observées aux environs de Malmedy»,  tableau méthodique du règne végétal de la circonscription de Liège. Elle est non seulement l’auteur de la collection «Les plantes Cryptogames», 4 fascicules parus vers 1830 sur les lichens, algues, champignons et fougères, et dès 1845 elle donne aussi une description détaillée du champignon responsable de la maladie de la pomme de terre, étant ainsi l’un des premiers à identifier la responsabilité du mildiou. Elle meurt  en 1865 à 83 ans. Le « Cercle naturaliste de la région de Malmedy » fondé en 1951, s’intitule aujourd’hui: « Cercle Royal Marie-Anne Libert ».

La seconde, admise en 1829, est femme de lettres : Albertine Clément-Hémery, née à Cambrai en 1778. Incontestablement femme émancipée dans la droite ligne de Madame de Staël, ses mémoires (1832) nous apprennent qu’elle étudie depuis ses 14 ans dessin et peinture à Paris dans l’atelier de J-Baptiste Regnault (mort en 1829). Ses souvenirs décrivent avec pittoresque l’intérieur de cet atelier de dessins (1792/93) qui deviendra le plus grand espace de formation artistique ouvert aux femmes à Paris, où iront s’initier plus de 30 élèves  de 14 à 25 ans. Veuve à 19 ans, Albertine participe  dès 1797 à l’élaboration du  Journal des dames et des modes. Très vite, ce journal devint le médium privilégié d’une observation ironique de la société où elle défend régulièrement l’émancipation de la femme, journal qu’elle dirigera pendant 30 ans dont elle assume la rédaction. Visiblement elle possède une solide expérience journalistique puisqu’elle dirige deux autres journaux : le Sans-Souci et Le Démocrate français, journal de politique, de littérature et de spectacles. Elle aura l’occasion d’exprimer ses convictions féministes dans un virulent pamphlet publié en 1801, écrit en une nuit :  « Les Femmes vengées de la sottise d’un philosophe du jour ou Réponse au projet de loi de Monsieur Sylvain Maréchal portant défense d’apprendre à lire aux femmes » (fig. ci-dessous). Dans ce pamphlet fort amusant, elle répond point par point à l’auteur qui mettait en garde en une centaine de pages contre « Les risques que court l’innocence d’une jeune fille livrée aux leçons d’un grammairien». Réponse d’Albertine : « C’est pourquoi, il est urgent de former des institutrices éclairées, qui prémunissent les jeunes filles contre les séductions d’un sexe perfide, qui ne respecte ni l’innocence, ni la vertu».  Vers 1829, elle revient vivre auprès de son père à Avesnes / Helpe où elle va se consacrer à l’éducation des jeunes filles et à la publication de nombreux manuscrits tels que Promenades dans l’arrondissement d’Avesnes (1829).  En 1843, la SSAAL lui décerne une médaille pour son mémoire « Recherches sur la fête des trente-un rois à Tournay « . Elle meurt en 1855 à 77 ans, laissant derrière elle une bibliothèque d’environ 2.600 volumes.

 

 

– Un Vendredi de Véra, le 15 Décembre 2017

La Société des Amateurs des Sciences et des Arts 

devient

La Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts

 

Le 4 novembre 1819, M. de Muyssart, Préfet du Nord rend l’arrêté suivant :

Vu la circulaire de son Excellence le Ministre de l’Intérieur en date du 14 août 1819, relative à l’institution d’une société d’agriculture dans chaque chef-lieu d’arrondissement ;

Considérant qu’il existe déjà à Lille une Société d’Amateurs des Sciences et Arts, qu’elle s’est déjà occupée d’économie rurale et qu’elle consent à comprendre l’agriculture au nombre de ses travaux ;

Arrêtons ce qui suit : 1° La Société des Sciences et Arts existant à Lille tiendra lieu de la Société d’agriculture de l’arrondissement de Lille ; elle prendra le titre de Société des Sciences, Arts et Agriculture. (cf. Anatole de Norguet «  Histoire de la SSAAL de 1802 à 1860 »).

Avec leur sérieux coutumier, les membres de la SSAAL, sous la présidence de   J-V. Vaidy forment aussitôt une commission chargée d’accueillir les nouveaux membres issus du monde rural – à l’époque cela ne se faisait pas sans longues discussions internes -, on admet finalement plus de grands propriétaires terriens que de simples cultivateurs.  Le sujet de l’agriculture a très intensément occupé notre Société de 1820 à 1856 et en particulier lors de la distribution des prix en faveur de l’économie rurale (à partir de 1856 le Comice Agricole prendra le relai). Lors de la séance solennelle de 1827, le Président J. Macquart insiste sur les « deux branches de notre prospérité rurale que la SSAAL a particulièrement en vue dans l’arrondissement de Lille : celle du houblon et le concours ouvert pour améliorer la race ovine ».  Il ajoute « la qualité bien grossière de nos laines avait engagé la Société à exciter l’introduction de béliers étrangers dans l’espérance d’améliorer cette branche ». A la grande déception de tous, une première tentative d’introduire les races anglaises et hollandaises est restée sans résultat. Aussitôt et sans se décourager, la Société lance un nouvel appel aux propriétaires de troupeaux pour le concours de 1828.

L’aide viendra d’un membre correspondant extérieur, qui n’est autre que le vicomte Sosthène Ier de la Rochefoucauld, directeur des Beaux-Arts auprès du roi Charles X, mais manifestement un gentleman-farmer (voir son portrait ci-dessous, par F-J Heim, au Louvre). Il fait don à la

Société Royale des Sciences, des Arts et de l’Agriculture de Lille d’un superbe bélier anglais du New-Leicester. L’impulsion est donnée et M. Champon-Dubois, propriétaire éclairé, va acquérir d’autres bêtes de la même race.

Et voilà comment les Arts ont volé au secours de l’Agriculture !

Mais l’attribution de l’Agriculture dans notre rôle ne se fait pas sans heurts

Dans sa publication, A. de Norguet se fait l’écho de quelques frictions survenues en 1841 à propos de la subvention versée annuellement par le Conseil Général à la SSAAL pour soutenir son engagement vers le monde rural. Un rapide calcul montre que, depuis 1820 la Société a reçu 4 fois : du Département 2.300 francs et du Gouvernement 3.500 francs, total : 38.000. Mais, fait valoir la Société, elle a décerné pour 47.535 francs de primes, 118 médailles d’or ou d’argent, et une très grande quantité d’instruments d’honneur. Le Conseil Général pose alors une question assez délicate qui vise directement la Société : Faut-il dépenser dans des publications agricoles ? Et le Conseil de se répondre à lui-même : « Non  car le cultivateur ne lit pas ». « Si, Il lit ! » lui rétorque la SSAAL « et les livres faits non par des hommes étrangers à la pratique, mais par ceux qui véritablement savent produire, nous semblent devoir être profitables. » La Société s’est trouvée heureuse de pouvoir concourir à fonder des bibliothèques rurales, et elle l’a fait avec empressement. Elle se trouve heureuse de répandre des connaissances dans les campagnes au moyen de ses publications agricoles, parce qu’elles ont produit un bien qu’on ne saurait nier. Elle met ces publications dans les mains de ses associés, qui, assurément, sont bien capables de les comprendre et de les méditer, et qui savent bien ensuite à qui les confier. Ces petits livrets sont comme les jetons de présence qui attestent l’affiliation des agriculteurs à une Société laborieuse et scientifique, c’est dans ces cahiers que sont décrites les nouvelles cultures que nos associés ont entreprises et qu’ils montrent à leurs voisins ; c’est là que sont mentionnées les distinctions et les récompenses qu’ils ont obtenues.  « Louer et faire connaître, ce que les praticiens ont tenté, leur donner un moyen de propager les bonnes méthodes, en leur laissant le mérite, nous semble être ce qui attache le plus fortement à la Société les hommes qu’il importe d’inviter à prendre part à nos discussions. Nous pensons donc qu’il n’est pas possible de proscrire les publications agricoles, nous en avons obtenu les plus heureux résultats. »

Juste pour mémoire les prix décernés pour 1828 aux Agriculteurs :

– Trois médailles pour les houblonnières les mieux cultivées : l’une d’une valeur de 200 francs à M. Lecomte-Lepoutre (de Bousbecque), l’autre à M. Descamps (à Croix), et une d’une valeur de 150 francs à M. Leroi (à Houplines),

– Un prix de 150 francs à M. Masquelier propriétaire du plus beau taureau présenté au concours,

– Un prix de 100 francs à M. Hochart (d’Allennes), propriétaire du second plus beau taureau,

– Un prix de 100 francs à M. Masquelier-Boet pour avoir présenté la plus belle génisse hollandaise née dans l’arrondissement,

– Quatre prix de 50 francs chacun à MM Potier-Casetan, Houzé de l’Aulnoit, Masquelier-Boet et Labbé, propriétaires des génisses les plus belles après les précédentes.