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Un Vendredi de Vera

   QUELQUES  CORRESPONDANCES  DE  LA  SSAAL  AU  FONDS  DES  ARCHIVES  DU  NORD

vendredi 14 septembre 2018

Vera Dupuis

La Société des Sciences de l’Agriculture et des Arts de Lille a toujours été très sollicitée. En témoigne une abondante correspondance dans les divers fonds d’archives, preuve supplémentaire de la reconnaissance et de la place qu’occupait la SSAAL dans le monde des sciences en France, et ailleurs dans le monde. L’échantillon des correspondances retrouvées dans le fonds des Archives du Nord donne un petit aperçu de la diversité des sollicitations. Ce fonds, fort volumineux, est constitué de 568 dossiers sous la cote 149 J ; selon les dossiers, on peut y trouver regroupés entre une dizaine et une centaine de documents… Du dossier côte 149 J/91, Voici un petit aperçu de la diversité du Fonds : cote 149J/83 « Locaux, bibliothèque, correspondance, plans, articles relatif aux locaux de la SSAAL (concerne surtout la salle du Conclave, la cession de la bibliothèque à la Ville de Lille et l’installation à l’Hospice Comtesse) 1906-1976 ; cote 149J/89 « Publications et impression de 12 Planches de Mr. Corsin 1944-45 » ; cote 149J/111 « Délibérations de la SSAAL, registre et copie 1803-1817 » ; cote 149J/103 à 109 contient 271 dossiers individuel de nos membres dont 33 ont donné leurs noms à une rue de Lille (depuis 1802 à nos jours la SSAAL a enregistré plus de 500 membres). J’ai exhumé quelques lettres de la première moitié du XXème siècle, à commencer par quatre datées de 1934/35 qui nous ont été adressées d’URSS, priant la SSAAL de leur envoyer régulièrement ses Mémoires :

1 – Lettre en provenance de Moscou, datée du 7 août 1934 : l’Académie des Sciences de l’URSS demande la collection complète des Mémoires de la Société (depuis 1806, première publication). Dans sa réponse, la SSAAL signale que ses archives ont brûlé en 1916 et que la collection complète de ses Mémoires a disparu dans l’incendie.

2 – Réponse de Moscou datée du 17 octobre 1934, expéditeur l’Académie des Sciences de l’URSS accusant réception de la lettre de la SSAAL et sollicitant les Mémoires à partir de 1925 ; l’Académie précise qu’elle possède les publications de la SSAAL de 1925-1932 (reproduite ici).

3 – Lettre en provenance de Moscou, datée du 4 février 1935, expéditeur la Société pour les Relations Culturelles entre l’URSS et l’Etranger ; cette Société relaie la demande de la Bibliothèque Scientifique Régionale d’Arkhangelsk qui sollicite de la SSAAL les publications à partir de 1935 (Arkhangelsk est une ville à 1000 km au nord de Moscou, sur l’embouchure de la Dvina, à environ 25 km de la Mer Blanche).

4 – Lettre en provenance de Moscou datée du 14 octobre 1934 : l’Institut pour l’Elevage des Moutons à Rostov sur le Don sollicite la SSAAL de lui faire parvenir nos publications à titre d’échanges. Réponse négative de la SSAAL.

5 – Lettre de Berlin datée du 26 février 1912, expéditeur Doktor Oskar Fischel, Historien de l’Art, grand spécialiste de la peinture et des dessins de Raphaël. Il recherche plusieurs photos de dessins de Raphaël (collection Wicar Musée des Beaux Arts de Lille) et souhaite obtenir des photos réalisées par l’un de nos membres, Delphin Petit (son livre, paru en 1913, contient entre autres 16 dessins de Raphaël en provenance de la collection Wicar/Lille).

6 – Lettre du Cabinet du Préfet du Nord, M. L. Hudelo, datée du 10 septembre 1925, concernant la participation à une pétition en faveur d’une rencontre de M. Caillaux ministre des Finances se rendant aux USA pour traiter de la dette française aux USA avec M. Herbert Hoover ministre du Commerce…

7 – Lettre du Président du Comité des Parrainages de la France Dévastée, datée du 15 juin 1921. Il prie la SSAAL d’accueillir Monsieur Léopold Lugones, écrivain et personnalité argentine, qui a rendu pendant la guerre des services considérables à la France. La SSAAL propose de l’accueillir au Musée des Beaux Arts de Lille le dimanche 26 juin 1921 à 10h00 avant sa réception à la Mairie à 11h30.

8 – Lettre du Quai Conti, du conservateur de la Bibliothèque Mazarine, datée du 8 avril 1933 : demande d’inscrire la bibliothèque Mazarine sur la liste de la SSAAL des envois gracieux de ses Mémoires

9 – Courrier de remerciements du Quai Conti, daté du 17 février 1934 : entretemps la SSAAL a envoyé ses Mémoires publiés depuis 1925 en y ajoutant deux autres publications : Lille au XVIIIème siècle et « Histoire de la Société des Sciences de l’Agriculture et des Arts 1802-1865 », auteur Anatole de Norguet, avant-propos de Paul Denis du Péage (Lille, Danel 1925)

10 – Lettre d’Ottawa/Canada de Mr. Alfred Debelles Fils, daté du 8 octobre 1931 ; il propose d’envoyer à la SSAAL son ouvrage : « Notre Beau Parler de France »

11 – Lettre du libraire René Giard, rue Royale à Lille, datée du 20 octobre 1960 sollicitant de la SSAAL le prêter gracieux de la collection de photographies reproduisant les principales curiosités archéologique de Lille léguées à la SSAAL par Delphin Petit

12 – Lettre de la Bibliothèque Municipale de Lille : Mlle Crombez, conservateur, fait suivre une lettre destinée à la SSAAL concernant un manuscrit de M. Malus, membre de la Société, concernant sa conférence lue devant la Société (alors des Amateurs des sciences et des arts) lors de la séance du 24 Frimaire l’An XII (1804).

13 – Le Compte du 1er Janvier au 31 décembre 1933 de la SSAAL qui fait apparaître 2 postes de dépenses :

Frais de Correspondances et abonnement postal : 256, 40 Francs

Frais des publications 116.429 Francs

Le tout sur un total des recettes de 313. 622,53 Francs (1933)

Les roses, recherches et créations

Monsieur Desprez,

Saviez-vous que La Pucelle de Lille est née dans le quartier d’Esquermes en 1899 ? D’après les témoins d’époque, elle porte une robe rouge pourpre et exhale un parfum exquis. Vous l’avez compris, notre Pucelle est une rose et son créateur est le rosiériste  Miellez qui appartient à une vieille maison de créateurs de roses installée à Esquermes lez Lille depuis le milieu du XVIIIème siècle. Son fondateur, Louis Xavier Miellez avait été l’un des tout premiers en France à s’occuper « en grand » des roses galliques.

On lui doit déjà vers 1828, 212 variétés de roses, dont certaines sont encore dans le commerce, voici quelques noms, dont bien sûr : Honneur d’Esquermes et Honneur des Flandre, ou plus exotique : Feu Turc, Flammes du Vésuve, Forges de Vulcain, Cupidon, Calife de Bagdad, Chapeau de Napoléon, MAIS surtout dans la famille Miellez je soupçonne la présence d’une épouse nommé Agathe car nous avons Agathe couleur de Soie en 1824, Agathe Chérie en 1825, Agathe Amusante en 1827, Agathe Admirable en 1843 et Agathe Précieuse en 1886.

Saviez vous qu’un homonyme, rosiériste comme vous, nommé Jean Desprez a créé dans les années 1825/30 une trentaine de roses à Yèbles, petit village de la Seine et Marne ? Parmi ses roses obtenues la « Desprez à fleurs jaunes » est restée célèbre du fait de sa vente à un marchand hollandais Monsieur Sisley-Vandaël, dans des conditions assez extravagantes : un beau jour, rendant visite à Jean Desprez à Yèbles en chaise de poste et sans même vouloir entrer au jardin, il clame haut et fort (l’histoire a été racontée plus tard par un témoin de la scène, Charles Desprez, fils de Jean) : « Monsieur, j’ai loué à Paris un terrain où je compte installer une pépinière au 31, rue Vaugirard face au jardin du Luxembourg, je tiens à débuter par un coup d’éclat, l’exploitation de votre rose jaune ! Combien voulez-vous me la vendre ? – Je ne suis pas marchand de roses – « Il ne s’agit point ici de commerce, V. Hugo, Lamartine, font bien éditer leurs œuvres et moi je serai l’éditeur de vos roses. Alors notre « Rosomane » (ainsi que Desprez aimait la nommer), succombe à l’offre et il réclame mille écus (3000 francs). Bien sûr la nouvelle de ce marché fit sensation parmi les jardiniers et depuis la Rose nommée « Desprez à fleurs jaunes » est devenue célèbre sous le nom de « la Mille Ecus ». J’ajoute que Jean Desprez avait planté dans un jardin clos 200 rosiers blancs  s’approchant du bleu, c’est à dire l’ancienne rose indigo qui virait vers le violet.

A la fin du siècle dans toute la région autour de Yèbles et Grisy-Suisnes, les rosiéristes se lanceront dans la culture des roses, vendues en fleurs coupées aux Halles de Paris et transportées dans des paniers d’osier dans le train qui reliait Brie Comte Robert à la Bastille de 1872 à 1953, et, bien sûr, ce train fut surnommé « le train des roses ».

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La rose Desprez « à fleurs jaunes

Véra DUPUIS

HOMMAGE A JEAN-CLAUDE MALGLOIRE

Jean Claude Malgoire nous a quittés subitement le 14 avril. Ça a été évidemment un choc énorme pour sa famille, pour tous ceux qui le connaissaient, en particulier les musiciens de la Grande Écurie et la Chambre du Roy, pour toutes les personnes impliquées dans le bon fonctionnement de l’Atelier Lyrique de Tourcoing, pour le monde musical en général et pour tous ceux, très nombreux, qui l’avaient beaucoup aimé en tant que musicien et en tant qu’homme.

Jean Claude Malgoire avait commencé sa carrière comme hautboïste et cor anglais. Il avait joué au sein de l’orchestre de Paris sous la direction des plus grands chefs d’orchestre, Munch, Solti, Barenboïm, Klemperer, Ozawa, Bernstein, et Karajan. Celui-ci le considérait  comme le meilleur hautboïste de l’époque.

Il a été le premier français à s’interroger sur l’interprétation des œuvres musicales des XVIIème et XVIIIème siècle jouées sur des instruments modernes. Ceci l’a amené en 1966 à créer un orchestre, La Grande Écurie et la Chambre du Roy, 1er orchestre français utilisant des instruments anciens. C’est lui aussi qui a fait redécouvrir la musique française de cette époque, Rameau, Lully, jugée alors comme musique facile. Alceste reste un succès majeur dans sa carrière.

En 1981, il crée l’Atelier Lyrique de Tourcoing, une chance énorme pour nous, dans la Région. Cette structure a permis à de nombreuses personnes de découvrir des opéras de qualité dans un contexte différent de l’opéra de Lille. Il en fait un laboratoire d’épanouissement de toutes les créations. Il programme non seulement Monteverdi et la trilogie Mozart/Da Ponte mais aussi des œuvres contemporaines.

La Grande Écurie et la Chambre du Roy s’est produite dans les endroits les plus prestigieux (Théâtre des Champs Elysées, Invalides, Chapelle Royale de Versailles) mais aussi dans des sites plus insolites comme le stade couvert de Liévin lors de la Cérémonie commémorative de la catastrophe minière de Courrières qui a été un moment d’émotion inoubliable pour ceux qui ont pu y assister. 

Depuis plus de 50 ans cet ensemble original compte plus de 5000 concerts sur les 5 continents, et plus de 150 enregistrements.

Jean Claude Malgoire était un découvreur de talents : Dominique Visse, Véronique Gens, Philippe Jaroussky, et plus récemment Sabine Devieilhe, des chanteurs qui malgré leur succès lui sont restés fidèles.

Il faisait confiance aussi aux musiciens amateurs. C’est ainsi que le Chœur Régional Nord Pas de Calais maintenant Chœur des Hauts de France a pu donner plus de 100 concerts sous sa direction, avec des œuvres majeures comme le Messie de Haendel, les Passions de Bach ….

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En dehors du musicien, l’Homme était remarquable par son urbanité, son alacrité, son rapport avec les autres, sa faculté de partager simplement son savoir. C’était un conteur et on avait du bonheur à l’écouter parler. C’était un chef d’orchestre qui accueillait son public dans le hall d’entrée les soirs de concert.

La Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts lui avait remis le grand prix des Arts Delphin Petit en 2016. Il en avait été très flatté et heureux de venir le recevoir. Nous avions pu à cette occasion mesurer sa faconde provençale. 

Il avait accepté, malgré un emploi du temps très chargé, de clore le cycle de conférences organisé sur le thème « Musique et Cerveau ». Cette occasion aurait été une façon assez unique de comparer les points de vue des scientifiques et celui d’un très grand musicien.

La Société des Sciences de l’Agriculture et des Arts présente ses condoléances à toute sa famille et en particulier à Renée, son épouse qui l’a énormément secondé ainsi qu’à tous ceux qui l’ont entouré tout au long de sa vie. 

Jean Claude BEAUVILLAIN

Vice-Président de la SSAAL

– Un vendredi de Véra, le 18 mai 2018 : Goethe et David d’Angers

Hommage et courte chronique pour deux éminents  membres correspondants de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille : 

 J.W. von Goethe et P. David d’Angers

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) homme de lettres

Lorsque J.W. von Goethe (1749-1832) devient membre correspondant de la SSAAL en 1826 il prend place parmi les 139 autres correspondants français ou étrangers que compte la SSAAL cette année-là. Elle compte alors 42 membres résidents et a des échanges avec 69 sociétés savantes du monde entier. On trouve dans les publications de nos Mémoires de l’époque la mention suivante : « le 15 décembre 1826, le Baron von Goethe, ministre d’État, président de la Société minéralogique d’Iéna devient membre correspondant ». On remarquera, chose tout-à-fait amusante, que Goethe n’est pas choisi en tant qu’auteur du Faust ou du Werther, non, mais en tant que Président de la Société de Minéralogie d’Iéna, Société qu’il préside depuis 1803 (jusqu’à sa mort en 1832). Die Societät für gesammte Mineralogie zu Jena a été fondée en 1797 par Johann Georg Lenz, professeur de minéralogie à Jena, qui deviendra lui aussi membre correspondant de la SSAAL ce même jour.

Tout au long de sa vie, Goethe a constitué une collection de minéraux qui compte à sa mort jusqu’à 17 800 éléments. Il désirait parvenir à une compréhension générale de la composition matérielle de la Terre et de l’Histoire de celle-ci.

Nous avons retrouvé dans la publication de la correspondance de Goethe la lettre ci-dessous adressée à Carl Jügel, Libraire à Frankfurt, datée du 11 avril 1828, le sollicitant de lui procurer deux exemplaires des Mémoires de la SSAAL de l’Année 1826.

Johann Wolfgang von Goethe – Briefe

 An Carl Jügel

Ew. Wohlgeboren

ersuche hiedurch um einige Gefälligkeiten.

1) Wünschte nachstehendes Buch bald zu erhalten :

Précis de Minéralogie moderne, par J. O. Desnos. Deux volumes, avec planches, grand en 32. Au bureau de souscription, rue du Jardinet.

2) Sodann wünschte zu erfahren, welche Bände des Globe wieder abgedruckt worden. Wenn ich nicht irre, der erste und zweyte. Ingleichen bitte mir den Preis zu melden.

3) Wollen Sie sodann die Gefälligkeit haben, gegen beyliegende Scheine zwey Exemplare :

Recueil des Travaux de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, pour l’année 1826 durch Ihre Handelsfreunde in Empfang nehmen zu lassen und mir solche zu übersenden.

Einiges Weitere mir zunächst vorbehaltend.

Weimar den 11. April 1828

(Carl Jügel avait des contacts professionnels avec des libraires en France et Goethe évoque dans sa lettre des « beyliegende Scheine » : il s’agit de deux Bons émis par la SSAAL, envoyés aux correspondants pour pouvoir se procurer les Mémoires de la SSAAL,)

En 1826, en même temps que Goethe le célèbre naturaliste Geoffroy de Saint Hilaire est nommé correspondant de la SSAAL ; Goethe suit avec un très grand intérêt les péripéties de la querelle qui avait éclaté entre Cuvier et Geoffroy de Saint Hilaire le 22 février 1830 à l’Académie des Sciences sur l’origine des espèces. Comme il adhérait lui-même à l’idée d’une évolution cohérente des espèces, il était entièrement du côté de Geoffroy de Saint Hilaire

(Les liens entre la SSAAL et la Société de Minéralogie de Jena ont retrouvé un écho grâce à Patrick Cordier, membre titulaire de la SSAAL, qui fut président de la Société Française de Minéralogie et de Cristallographie en 2009 et 2010 dans le même temps que son collègue allemand, Falko Langenhorst, présidait à Jena à la même époque die Societät für gesammte Mineralogie zu Jena.)

Pierre-Jean David d’Angers (1788 – 1856), sculpteur et médailleur

La SSAAL lui décerne la médaille d’or d’une valeur de 300 francs en 1846 pour sa rédaction de la meilleure notice sur la vie et les ouvrages du statuaire Philippe-Laurent Roland (1786- 1816) originaire de Pont-à-Marcq, contemporain et ami de Wicar. En effet, dès sa création, la SSAAL s’applique à rendre hommage aux artistes, écrivains, chroniqueurs illustres du Nord de la France tels que le peintre Jean de Bologne, le diplomate Augier de Bousbecque, le musicien Josquin des Prés, le chroniqueur Philippe de Commynes, sans oublier Jean Baptiste Wicar primé en 1844. L’heureux lauréat 1846, le célèbre sculpteur David d’Angers fut élève du statuaire Roland, donc témoin direct pour raconter en 50 pages la vie et l’œuvre de son maître. Le rapport de Pierre Legrand, d’une vingtaine de pages, est lu en séance publique le 20 juillet ; Pierre Legrand est membre titulaire de la SSAAL depuis 1832, Président du Conseil du Nord et bientôt Député du Nord en 18481. C’est également en 1848 que David d’Angers deviendra correspondant de la SSAAL.

Avec Rude, David d’Angers domine toute la première moitié du XIXe siècle pour la sculpture romantique. Il dresse à travers ses médaillons et ses bustes un véritable panorama des grandes figures du monde intellectuel dont Victor Hugo, Prosper Mérimée, Alfred de Musset, George Sand… Au total, ce sont plus de 500 médaillons qui sont parvenus jusqu’à nous Sculpteur, à l’écart des mondanités artistiques, il est en revanche l’un des artistes aux relations les plus internationales : il est l’auteur du buste de La Fayette exposé à New York au Metropolitan Museum of Art et du buste de Washington installé dans la salle du Congrès des Etats-Unis.

Fervent admirateur de Goethe, David d’Angers lui rend visite à Weimar en aout 1829 pour réaliser son portrait, Goethe accepte de poser trois jours, cela permet à David d’Angers de réaliser le moulage d’une Tête colossale et d’un médaillon. Auparavant David d’Angers avait envoyé une caisse remplie de reproductions de ses médailles à Goethe, collectionneur passionné. Les médailles faisaient autour de lui comme une galerie de français distingués dans les arts et les lettres, et en les regardant il confiait à son fidèle Eckermann : « la France est une des nations les plus cultivées de la Terre et à laquelle je suis redevable d’une si grande part de ma propre culture. » (cf. Pierre Grapin dans Goethe et la France, 1982 Goethe-Institut Paris).

David d’Angers est également l’auteur du monument Jean Bart à Dunkerque (1845), de celui d’Henri II à Boulogne sur Mer (1826), du monument funéraire de Fénelon dans la cathédrale Notre Dame de Cambrai (1826) et d’un médaillon de Marceline Desbordes-Valmore. En 1845, la Société de l’Agriculture, du Commerce, des Sciences et Arts de Calais s’adresse à lui pour commander un monument à la gloire des Six Bourgeois de Calais. Une souscription est lancée, David d’Angers accourt à Calais, donne son accord, laisse libre cours à son imagination et commence à décrire la statue telle qu’il la conçoit : « je conserverai la chemise traditionnelle, cette glorieuse tunique du martyr. Mais soyez tranquille, mon Eustache ne ressemblera pas à un vaincu… des bas-reliefs diront ensuite ce drame tout entier et Jean de Vienne ne sera pas oublié, le courage militaire aura donc aussi sa place », et s’adressant aux membres de la Société des Sciences de Calais, il termine par ces mots « ma visite aujourd’hui ne compte pas, messieurs, ma visite sérieuse sera celle où je laisserai à votre ville ma carte de bronze de statuaire. Mais pressez-vous messieurs, car je ne voudrais pas mourir sans avoir payé ma dette au plus noble, au plus sublime dévouement qui illustre notre histoire nationale. Dans deux ans, inaugurez votre statue et comptez sur vos citoyens, renommés pour la générosité de leur cœur ».Mais le destin en a décidé autrement, le projet est finalement abandonné par manque d’argent. In fine, c’est en 1895 que sera inauguré le Monument sculpté par l’autre géant statuaire de la deuxième moitié du XIXème siècle : Rodin. ( cf. Vera Dupuis, « Les Six Bourgeois de Calais ont failli n’être pas de Rodin » Côte d’Opale magazine Octobre 2014).

LES IMPETRANTS :

PJ David d’Angers                     JW von Goethe (par PJDA)

1 Cf. Mémoire de la Société Royale des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, Année 1845/1846, mis en ligne par l’Université de Berkeley (CA)

 

admin

10/03/2018

Une baleine et des canards

          Controverse journalistique au sujet des reliques d’un musée disparu

      par André  Dhainaut, invité du Vendredi 16 mars

Les faits exposés ci-dessous impliquent un membre de la SSAAL, le Pr Alphonse Malaquin, conservateur du Musée d’Histoire Naturelle, politiquement proche du Maire de Lille de l’époque et Alex Will, journaliste d’opposition au Réveil du Nord fondé en 1889.

Prémisses. Au 19ème siècle, les collections du Musée d’Histoire Naturelle avaient été l’objet de tribulations complexes. Un premier musée est inauguré en 1822 dans les locaux de l’ancien Palais Rihour (1). En 1855, la SSAAL transfère le Musée à la Ville pour servir à l’enseignement et l’installe rue des Fleurs dans les locaux de la Faculté des Sciences. Le ministre propose que le professeur titulaire de la chaire d’histoire naturelle en soit, de droit, le conservateur. En 1862, la SSAAL est déclarée d’Utilité Publique. Ses nouvelles obligations ne lui permettant plus d’assurer la gestion des musées, celle-ci est dès lors assurée par la municipalité de la ville de Lille.

Début 1913, les locaux de la Faculté des Sciences, rue des Fleurs (où avait travaillé L. Pasteur en 1855-56), sont abandonnés puisque la Faculté a gagné le Quartier Saint-Michel. Les locaux de l’ancienne Faculté étaient intégrés dans un complexe de bâtiments formant initialement le Lycée impérial (rebaptisé Lycée Faidherbe en 1893, démoli vers 1961-62, remplacé par le Collège Carnot en 1964). S’y trouvait aussi le Musée d’Histoire Naturelle dont les collections avaient été déménagées en 1908 pour gagner l’actuel Musée de la rue Malus.

La joute. Début juillet 1913, un article du Réveil du Nord engage une polémique contre la municipalité et le Pr Malaquin au sujet de pièces qui auraient été « oubliées » rue des Fleurs. Sous le titre « Le déluge dans un musée – Une baleine, des fossiles antédiluviens se plaignent des procédés municipaux », le journaliste Alex Will, dénonce l’état dans lequel des pièces de collections auraient été abandonnées sur place : « Lille possède une baleine qui se noie dans les plâtras, des ossements préhistoriques qui se mêlent démocratiquement à la poussière des démolitions, des oiseaux de toutes les latitudes et de tous les âges depuis l’ibis sacré jusqu’au pingouin vulgaire » (2). Ayant raconté ses exploits pour visiter le bâtiment en cours de démolition, le journaliste de conclure : « je me demande où [la municipalité| conduira les vivants quand elle mène à ce sort pitoyable les fossiles dont elle a la charge ».

A. Malaquin lui répond qu’en revisitant le bâtiment, il n’a trouvé que de vieilles pièces sans intérêt dont la restauration n’aurait pas été possible, entre autre une baleine dans un état de vétusté tel que son transport n’était pas envisageable et « un grand cétacé dont les ossements épars attendent depuis bientôt cinquante ans qu’on les réunisse. Mais il faudrait pour cela plusieurs milliers de francs et en outre la construction d’une salle spéciale… ».

Le 14 juillet 1913, la querelle reprend et le journaliste suggère perfidement que « le Maire va, lors de sa prochaine braderie, vendre la ménagerie miteuse dont ne veut plus M. Malaquin. Il espère avec le produit de cette vente payer les dettes du Nouveau Théâtre » (l’Opéra actuel, alors en construction, architecte Louis Marie Cordonnier membre de la SSAAL). Attaques auxquelles Malaquin réplique le jour même par un court droit de réponse dans lequel il suggère : « Si nos vitrines ornithologiques ont perdu leur ibis sacré et leur pingouin vulgaire, le Réveil du Nord pourrait les remplacer s’il consentait à envoyer à notre Musée leur belle collection de canards qu’il doit tenir en réserve ! ».

Epilogue : Le bâtiment et ses « trésors » miteux brûleront en 1915, la rue des Fleurs sera alors englobée dans le boulevard Carnot. Peut-être circulez-vous sur quelques ossements de baleine quand vous l’empruntez – vérifiez sur le plan ci-joint !

(1) Le Palais Rihour, bâti au 15ème siècle par le duc de Bourgogne Philippe Le Bon est acheté au 17ème siècle par la ville qui en fait son Hôtel de Ville. Devenu vétuste, le bâtiment est démoli en majeure partie vers 1846. A son emplacement est construit de 1849 à 1859 un nouvel Hôtel de ville (architecte Charles Benvignat, membre de la SSAAL) qui brûlera en avril 1916.

(2) Ces pièces provenaient vraisemblablement du premier Musée d’Histoire Naturelle hébergé dans l’ancien Palais Rihour. On ne sait pas où ces collections furent entreposées entre la destruction de celui-ci en 1846 et leurs transferts dans les bâtiments de la Faculté des Sciences, rue des Fleurs, en 1855.

Références

  • De larges passages de ce texte sont issus de la publication de Roger MARCEL : Le Musée d’Histoire Naturelle de Lille de 1820 à 1980. in « Contribution à l’Histoire de la Faculté des Sciences 1854-1970» (en ligne, site  ASA-USTL /  Accueil 09 : Histoire de la Faculté des Sciences)
  • André Dhainaut A. 2013, Historique des musées scientifiques lillois et de leurs collections (Archives du Musée d’Histoire Naturelle de Lille)