– Un vendredi de Véra, le 18 mai 2018 : Goethe et David d’Angers

Hommage et courte chronique pour deux éminents  membres correspondants de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille : 

 J.W. von Goethe et P. David d’Angers

Johann Wolfgang von Goethe (1749-1832) homme de lettres

Lorsque J.W. von Goethe (1749-1832) devient membre correspondant de la SSAAL en 1826 il prend place parmi les 139 autres correspondants français ou étrangers que compte la SSAAL cette année-là. Elle compte alors 42 membres résidents et a des échanges avec 69 sociétés savantes du monde entier. On trouve dans les publications de nos Mémoires de l’époque la mention suivante : « le 15 décembre 1826, le Baron von Goethe, ministre d’État, président de la Société minéralogique d’Iéna devient membre correspondant ». On remarquera, chose tout-à-fait amusante, que Goethe n’est pas choisi en tant qu’auteur du Faust ou du Werther, non, mais en tant que Président de la Société de Minéralogie d’Iéna, Société qu’il préside depuis 1803 (jusqu’à sa mort en 1832). Die Societät für gesammte Mineralogie zu Jena a été fondée en 1797 par Johann Georg Lenz, professeur de minéralogie à Jena, qui deviendra lui aussi membre correspondant de la SSAAL ce même jour.

Tout au long de sa vie, Goethe a constitué une collection de minéraux qui compte à sa mort jusqu’à 17 800 éléments. Il désirait parvenir à une compréhension générale de la composition matérielle de la Terre et de l’Histoire de celle-ci.

Nous avons retrouvé dans la publication de la correspondance de Goethe la lettre ci-dessous adressée à Carl Jügel, Libraire à Frankfurt, datée du 11 avril 1828, le sollicitant de lui procurer deux exemplaires des Mémoires de la SSAAL de l’Année 1826.

Johann Wolfgang von Goethe – Briefe

 An Carl Jügel

Ew. Wohlgeboren

ersuche hiedurch um einige Gefälligkeiten.

1) Wünschte nachstehendes Buch bald zu erhalten :

Précis de Minéralogie moderne, par J. O. Desnos. Deux volumes, avec planches, grand en 32. Au bureau de souscription, rue du Jardinet.

2) Sodann wünschte zu erfahren, welche Bände des Globe wieder abgedruckt worden. Wenn ich nicht irre, der erste und zweyte. Ingleichen bitte mir den Preis zu melden.

3) Wollen Sie sodann die Gefälligkeit haben, gegen beyliegende Scheine zwey Exemplare :

Recueil des Travaux de la Société des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, pour l’année 1826 durch Ihre Handelsfreunde in Empfang nehmen zu lassen und mir solche zu übersenden.

Einiges Weitere mir zunächst vorbehaltend.

Weimar den 11. April 1828

(Carl Jügel avait des contacts professionnels avec des libraires en France et Goethe évoque dans sa lettre des « beyliegende Scheine » : il s’agit de deux Bons émis par la SSAAL, envoyés aux correspondants pour pouvoir se procurer les Mémoires de la SSAAL,)

En 1826, en même temps que Goethe le célèbre naturaliste Geoffroy de Saint Hilaire est nommé correspondant de la SSAAL ; Goethe suit avec un très grand intérêt les péripéties de la querelle qui avait éclaté entre Cuvier et Geoffroy de Saint Hilaire le 22 février 1830 à l’Académie des Sciences sur l’origine des espèces. Comme il adhérait lui-même à l’idée d’une évolution cohérente des espèces, il était entièrement du côté de Geoffroy de Saint Hilaire

(Les liens entre la SSAAL et la Société de Minéralogie de Jena ont retrouvé un écho grâce à Patrick Cordier, membre titulaire de la SSAAL, qui fut président de la Société Française de Minéralogie et de Cristallographie en 2009 et 2010 dans le même temps que son collègue allemand, Falko Langenhorst, présidait à Jena à la même époque die Societät für gesammte Mineralogie zu Jena.)

Pierre-Jean David d’Angers (1788 – 1856), sculpteur et médailleur

La SSAAL lui décerne la médaille d’or d’une valeur de 300 francs en 1846 pour sa rédaction de la meilleure notice sur la vie et les ouvrages du statuaire Philippe-Laurent Roland (1786- 1816) originaire de Pont-à-Marcq, contemporain et ami de Wicar. En effet, dès sa création, la SSAAL s’applique à rendre hommage aux artistes, écrivains, chroniqueurs illustres du Nord de la France tels que le peintre Jean de Bologne, le diplomate Augier de Bousbecque, le musicien Josquin des Prés, le chroniqueur Philippe de Commynes, sans oublier Jean Baptiste Wicar primé en 1844. L’heureux lauréat 1846, le célèbre sculpteur David d’Angers fut élève du statuaire Roland, donc témoin direct pour raconter en 50 pages la vie et l’œuvre de son maître. Le rapport de Pierre Legrand, d’une vingtaine de pages, est lu en séance publique le 20 juillet ; Pierre Legrand est membre titulaire de la SSAAL depuis 1832, Président du Conseil du Nord et bientôt Député du Nord en 18481. C’est également en 1848 que David d’Angers deviendra correspondant de la SSAAL.

Avec Rude, David d’Angers domine toute la première moitié du XIXe siècle pour la sculpture romantique. Il dresse à travers ses médaillons et ses bustes un véritable panorama des grandes figures du monde intellectuel dont Victor Hugo, Prosper Mérimée, Alfred de Musset, George Sand… Au total, ce sont plus de 500 médaillons qui sont parvenus jusqu’à nous Sculpteur, à l’écart des mondanités artistiques, il est en revanche l’un des artistes aux relations les plus internationales : il est l’auteur du buste de La Fayette exposé à New York au Metropolitan Museum of Art et du buste de Washington installé dans la salle du Congrès des Etats-Unis.

Fervent admirateur de Goethe, David d’Angers lui rend visite à Weimar en aout 1829 pour réaliser son portrait, Goethe accepte de poser trois jours, cela permet à David d’Angers de réaliser le moulage d’une Tête colossale et d’un médaillon. Auparavant David d’Angers avait envoyé une caisse remplie de reproductions de ses médailles à Goethe, collectionneur passionné. Les médailles faisaient autour de lui comme une galerie de français distingués dans les arts et les lettres, et en les regardant il confiait à son fidèle Eckermann : « la France est une des nations les plus cultivées de la Terre et à laquelle je suis redevable d’une si grande part de ma propre culture. » (cf. Pierre Grapin dans Goethe et la France, 1982 Goethe-Institut Paris).

David d’Angers est également l’auteur du monument Jean Bart à Dunkerque (1845), de celui d’Henri II à Boulogne sur Mer (1826), du monument funéraire de Fénelon dans la cathédrale Notre Dame de Cambrai (1826) et d’un médaillon de Marceline Desbordes-Valmore. En 1845, la Société de l’Agriculture, du Commerce, des Sciences et Arts de Calais s’adresse à lui pour commander un monument à la gloire des Six Bourgeois de Calais. Une souscription est lancée, David d’Angers accourt à Calais, donne son accord, laisse libre cours à son imagination et commence à décrire la statue telle qu’il la conçoit : « je conserverai la chemise traditionnelle, cette glorieuse tunique du martyr. Mais soyez tranquille, mon Eustache ne ressemblera pas à un vaincu… des bas-reliefs diront ensuite ce drame tout entier et Jean de Vienne ne sera pas oublié, le courage militaire aura donc aussi sa place », et s’adressant aux membres de la Société des Sciences de Calais, il termine par ces mots « ma visite aujourd’hui ne compte pas, messieurs, ma visite sérieuse sera celle où je laisserai à votre ville ma carte de bronze de statuaire. Mais pressez-vous messieurs, car je ne voudrais pas mourir sans avoir payé ma dette au plus noble, au plus sublime dévouement qui illustre notre histoire nationale. Dans deux ans, inaugurez votre statue et comptez sur vos citoyens, renommés pour la générosité de leur cœur ».Mais le destin en a décidé autrement, le projet est finalement abandonné par manque d’argent. In fine, c’est en 1895 que sera inauguré le Monument sculpté par l’autre géant statuaire de la deuxième moitié du XIXème siècle : Rodin. ( cf. Vera Dupuis, « Les Six Bourgeois de Calais ont failli n’être pas de Rodin » Côte d’Opale magazine Octobre 2014).

LES IMPETRANTS :

PJ David d’Angers                     JW von Goethe (par PJDA)

1 Cf. Mémoire de la Société Royale des Sciences, de l’Agriculture et des Arts de Lille, Année 1845/1846, mis en ligne par l’Université de Berkeley (CA)