– Un Vendredi de Véra, le 19 janvier 2018

HONNEUR AUX FEMMES !

Ont dû s’exclamer en chœur MM. Fée, Vaidy et Guillot, présidents successifs de la SSAAL (1828-1830) lorsqu’ont été élues 2 membres correspondants  féminins. La première admise fut Marie-Anne Libert, née en 1782 à Malmedy (Belgique). Passionnée de botanique, elle publie dès 1826 dans le Bulletin de la SSAAL le résultat de ses recherches «Mémoire sur des cryptogames observées aux environs de Malmedy»,  tableau méthodique du règne végétal de la circonscription de Liège. Elle est non seulement l’auteur de la collection «Les plantes Cryptogames», 4 fascicules parus vers 1830 sur les lichens, algues, champignons et fougères, et dès 1845 elle donne aussi une description détaillée du champignon responsable de la maladie de la pomme de terre, étant ainsi l’un des premiers à identifier la responsabilité du mildiou. Elle meurt  en 1865 à 83 ans. Le « Cercle naturaliste de la région de Malmedy » fondé en 1951, s’intitule aujourd’hui: « Cercle Royal Marie-Anne Libert ».

La seconde, admise en 1829, est femme de lettres : Albertine Clément-Hémery, née à Cambrai en 1778. Incontestablement femme émancipée dans la droite ligne de Madame de Staël, ses mémoires (1832) nous apprennent qu’elle étudie depuis ses 14 ans dessin et peinture à Paris dans l’atelier de J-Baptiste Regnault (mort en 1829). Ses souvenirs décrivent avec pittoresque l’intérieur de cet atelier de dessins (1792/93) qui deviendra le plus grand espace de formation artistique ouvert aux femmes à Paris, où iront s’initier plus de 30 élèves  de 14 à 25 ans. Veuve à 19 ans, Albertine participe  dès 1797 à l’élaboration du  Journal des dames et des modes. Très vite, ce journal devint le médium privilégié d’une observation ironique de la société où elle défend régulièrement l’émancipation de la femme, journal qu’elle dirigera pendant 30 ans dont elle assume la rédaction. Visiblement elle possède une solide expérience journalistique puisqu’elle dirige deux autres journaux : le Sans-Souci et Le Démocrate français, journal de politique, de littérature et de spectacles. Elle aura l’occasion d’exprimer ses convictions féministes dans un virulent pamphlet publié en 1801, écrit en une nuit :  « Les Femmes vengées de la sottise d’un philosophe du jour ou Réponse au projet de loi de Monsieur Sylvain Maréchal portant défense d’apprendre à lire aux femmes » (fig. ci-dessous). Dans ce pamphlet fort amusant, elle répond point par point à l’auteur qui mettait en garde en une centaine de pages contre « Les risques que court l’innocence d’une jeune fille livrée aux leçons d’un grammairien». Réponse d’Albertine : « C’est pourquoi, il est urgent de former des institutrices éclairées, qui prémunissent les jeunes filles contre les séductions d’un sexe perfide, qui ne respecte ni l’innocence, ni la vertu».  Vers 1829, elle revient vivre auprès de son père à Avesnes / Helpe où elle va se consacrer à l’éducation des jeunes filles et à la publication de nombreux manuscrits tels que Promenades dans l’arrondissement d’Avesnes (1829).  En 1843, la SSAAL lui décerne une médaille pour son mémoire « Recherches sur la fête des trente-un rois à Tournay « . Elle meurt en 1855 à 77 ans, laissant derrière elle une bibliothèque d’environ 2.600 volumes.

 

 

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